Il y a toujours des choses qui ne collent pas. C'est un fait évident, si nous ne partons pas de l'idée qui inspire toute la psychologie classique, académique, à savoir que les êtres humains sont des êtres adaptés, comme on dit, puisqu'ils vivent, et donc que tout doit coller.Vous n'êtes pas psychanalyste si vous admettez cela.
Être psychanalyste, c'est simplement ouvrir les yeux sur cette évidence qu'il n'y a rien de plus cafouilleux que la réalité humaine. Si vous croyez avoir un moi bien adapté, raisonnable, qui sait naviguer, reconnaître ce qu'il y a à faire et ce qu'il y a à ne pas faire, tenir compte des réalités, il n'y a plus qu'à vous envoyer loin d'ici. La psychanalyse, rejoignant en cela l'expérience commune, vous montre qu'il n'y a rien de plus bête qu'une destinée humaine, à savoir qu'on est toujours blousé. Même quand on fait quelque chose qui réussit, ce n'est justement pas ce qu'on voulait. Il n'y a rien de plus déçu qu'un monsieur qui arrive soi-disant au comble de ses voeux, il suffit de parler trois minutes avec lui, franchement, comme peut-être seul l'artifice du divan psychanalytique le permet, pour savoir qu'en fin de compte ce truc-là c'est justement le truc dont il se moque, et qu'il est, de plus, particulièrement ennuyé par toutes sortes de choses. L'analyse, c'est s'apercevoir de cela, et en tenir compte.
Ce n'est pas par accident, parce que ça pourrait être autrement, que par une chance bizarre nous traversons la vie sans rencontrer personne que des malheureux. On se dit que les gens heureux doivent être quelque part. Eh bien, si vous ne vous ôtez pas cela de la tête, c'est que vous n'avez rien compris à la psychanalyse. Voilà ce que j'appelle prendre les choses au sérieux.
Jacques Lacan (1981) - Présentation : LE SÉMINAIRE, Livre III - Les psychoses



1 commentaire:
Eh bien non ! C'est au fil de mes navigations que j'ai découvert récemment ton blog, et ma curiosité et mon intérêt pour les échanges d'idées me font prendre goût à te lire et parfois à commenter, en dépit du fait que tes sujets s'inscrivent dans ton champ d'étude, ou tout près, et que j'en suis passablement éloignée. Je n'ai pas envie de bouder le plaisir de fréquenter un espace de vie intellectuelle québécois, alors que je déplore si souvent leur rareté ! Vestehen est une belle initiative !
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