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30.6.05

Douce et sombre

CHANT d'AMOUR et de MORT

du CORNETTE CHRISTOPH RILKE


« Quelqu'un, vêtu de soie blanche, admet qu'il ne peut s'éveiller; car il est éveillé, et c'est bien la réalité qui le trouble. Alors il se réfugie craintivement dans le rêve et il s'isole dans le parc, le parc ténébreux. La fête est loin. La lumière est un mensonge. La nuit le serre de près et le glace. À une femme qui se penche vers lui, il demande :


— Est-ce la nuit?

Et voici qu'il a honte de son habit blanc.
Il voudrait être loin et seul et en armes.
Tout en armes.

"As-tu oublié que tu es mon chevalier servant pour toute cette journée? As-tu l'intention de m'abandonner? Où vas-tu? Ton habit blanc me donne le droit sur toi —"

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

"Tu voudrais réendosser ton rude uniforme?"


. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

"Tu frissonnes? — Tu as le mal du pays?"
La comtesse sourit.
Non. Mais c'est seulement parce que l'enfance — cette robe douce et sombre — lui est tombée des épaules. Qui l'a emportée? "Toi?" demande-t-il d'une voix qu'il n'a jamais entendue. "Toi!"
Il est maintenant dépouillé de tout. Il est nu comme un saint. Blond et svelte. »



Rainer Maria Rilke, Le Chant d'amour et de mort du cornette Christoph Rilke, traduit de l'allemand par Thierry Haumont, illustré par Frédéric Clément, Casterman, 1994.

Dommage, j'aurais aimé vous trouver une image de ce beau livre d'art somptueusement illustré par Frédéric Clément, mais rien, nothing, niet sur la Toile ! : ce 6 février 2008, j'ai donc numérisé deux (ci-dessus) de ces somptueuses illustrations de Frédéric Clément, et vous invite à découvrir [au moins l']une de ses présences sur la Toile...