21.10.05

L'élémentaire du plaisir

« La succion du pouce, dès la vie intra-utérine, réalise tous les aspects de plaisir d'organe, fermant le cycle parfait du sentant et du senti, du mouvement et du mû, de l'entourant et de l'entouré, dans la circulation du rythme, et préludant ainsi à la conjonction sexuelle. »

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Les distances propres au signe situent alors le rôle du plaisir chez l'homme. Car la seule façon de mettre au repos, et pour cela d'harmoniser un moment les trois domaines irréductibles que sont la chair, l'image et le symbole, c'est

le rythme.
Le rythme ne les oblige pas à se correspondre point par point, ce qui serait impossible, mais seulement à se mettre plus ou moins en concordance de phase. Le plaisir ce sont alors toutes ces activités qui ne cherchent pas à obtenir des résultats extérieurs, toujours spécialisés, mais uniquement à créer par un certain tempo, par des répétitions mesurées, et en même temps par une circulation rythmée parcourant la chair, l'imagination et le langage, des moments de résonance, de suffisance de toutes ces couches disparates en en formant, du moins pour quelques instants, un système.

À cet égard le français dispose de deux termes, la jouissance et le plaisir. On dirait que la jouissance est plus élémentaire; qu'elle se tient près des pulsions; que les signes y sont tout chauds des motions de l'organisme. Tandis que dans le plaisir, et davantage encore dans les plaisirs, images et symboles deviennent indépendants, peuvent à certains moments presque se suffire, avec une participation organique minimale : il y a des plaisirs turbulents comme ceux de la chasse et du toboggan, d'autres qui le sont peu, comme la musique, d'autres qui ne le sont quasi pas, comme le plaisir du texte ou celui d'une belle démonstration.

Quoiqu'il en soit, le plaisir est un phénomène spécifiquement humain. Chez l'animal on constate bien que certains comportements sont, comme on dit, renforcés, et l'on peut en inférer qu'ils conviennent à son organisme. Mais il n'y a pas, dans le monde des stimuli-signaux, de nécessité d'organiser systématiquement des plaisirs. Pour cela il faut les distances propres à la signification, et toutes les ruses qui essayent de les franchir. Le jeu organisé s'inscrit dans ces ruses, avec la part qu'il fait à l'arbitraire du signe (la délimitation d'une aire, de règles, de sanctions), mais aussi avec le rôle qu'il donne au rythme sous différents aspects.


Henri Van Lier, L'animal signé. De Visscher, 1980. 158 pages.

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Chère majeure, allez donc voir la réponse à votre com chez UU à propos de Mimi