12.10.05

Résurgences d'« une anatife libre ! »

« Tu te rappelles, Frédéric ? »

« Dans son Traité contre les Bogomiles, Cosmas le Prêtre les dépeint de la manière suivante :

Ils dénoncent les riches, ils ont horreur du Tsar, ils ridiculisent les supérieurs, condamnent les nobles et défendent à tous les esclaves d'obéir à leurs maîtres.

On constate que tous ces hérétiques prêchent la pauvreté évangélique.
Il disent que l'Église réside chez eux seulement : ils sont seuls en effet à s'attacher au pas du Christ et à demeurer les véritables adeptes de la vie apostolique, ne recherchant pas des choses du monde, ne possédant ni maison, ni champ, ni aucun bien,

écrit, dans la première moitié du XIIe siècle, Evervin de Steinfeld, dans sa
Lettre contre les hérétiques de Cologne. »


« Au début du siècle des Lumières, un personnage étonnant peut être compté au nombre des vrais précurseurs de l'anarchisme. Il s'agit de Jean Meslier. Curé du village champenois d'Étrépigny (...) :

Elles s'entendent comme deux coupeurs de bourse. [...] La religion soutient le gouvernement politique, si méchant qu'il puisse être. Le gouvernement politique soutient la religion, si sotte et si vaine qu'elle puisse être.

Cet ecclésiastique souhaitait que « tous les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec des boyaux de prêtre ».



« D'abord prêtre et professeur, Jacques Roux était curé de campagne au début de la Révolution [française].
(...)
Accusant le gouvernement de mollesse, Jacques Roux réclame avec violence des mesures impitoyables contre les riches, les spéculateurs et les affameurs du peuple:


Qu'est-ce que la liberté, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre ? Qu'est-ce que l'égalité, quand le riche peut, par son monopole, exercer le droit de vie et de mort sur ses semblables ? Liberté, Égalité, République, tout cela n'est plus qu'un fantôme. »


« Cette quête nostalgique de l'innocence native explique en partie toutes les tentatives pour retourner à des formes libres de vie communautaire de style primitif. Dans la mesure où l'anarchisme exalte la subjectivité et s'affirme comme une riposte à la répression des instincts, rien ne nous empêche de déceler en chacun de nous un anarchiste refoulé, puisque l'attitude libertaire tend essentiellement à exprimer notre nature primaire contrariée, voire étouffée, par tout ce qui n'est pas elle, mais qui pourtant, par la force des choses et sous l'effet du dressage social, finit par nous doter, à notre insu, d'une nature secondaire. Ce processus d'intériorisation, décrit par Freud (das Es / das Ueberich), a été remis au premier plan par Herbert Marcuse :

L'animal humain ne devient un être humain que par une transformation fondamentale de sa nature, affectant non seulement les buts instinctuels, mais aussi les valeurs instinctuelles, c'est-à-dire les principes qui gouvernent l'accession à ces buts. [...] Freud a décrit ce changement comme la transformation du principe de plaisir en principe de réalité.

On pourrait songer aussi à la distinction bergsonienne entre le moi profond et le moi superficiel. Tout cela est bien connu. »



Jean Préposiet, Histoire de l'anarchisme. Paris : Tallandier, 1993. 500 pages.

4 commentaires:

Anonyme a dit...

J'adore les cimetières Bogomiles. Sur la route entre Split et Sarajevo il y en a de superbes. Les ai vu pendant la guerre, j'aimerais bien y retourner

Danielle a dit...

BIGRE !

Z'êtes déjà là, vous ?

Z'étiez sur les lieux, pendant la guerre ?!? (je pensais pas que vous quittiez Paris, voilà)

(Il adore les cimetières, je note.) Qu'ont-ils donc de particulier ?

Ouais, ben, prof, vous me la faites pas facile, moi qui voulais aller dormir, mais là, flabeurgastée comme vous me voyez, chui bonne pour une nuit blanche...

Anonyme a dit...

Vous êtes une espère rare, chère es carpée. Un poisson cultivé... ouh la la. ;o)
Et non, je ne parle pas de ces vulgaires carpes d'élevage. Vous êtes d'une race semble-t-il unique et bien plus noble d'esprit. ;o)

Bon, pour faire bref, je valide totalement votre participation à mon concours des meilleurs mots lus. "Loutre atlantique": d'aucuns auront grand mal à rivaliser avec une telle dextérité à vous mouvoir dans les eaux/mots de mon blog. ;o)

ps : vous n'avez pas pensé à mettre un fil RSS sur votre blog ? ma foi, cela me serait fort utile pour revenir. Un fil d'Ariane de blog quoi.

Danielle a dit...

Tous ces beaux compliments, sont-ce un hameçon appâté ou ai-je la berlue ??

Hé hé.

Et puis, à voir la faune qui fraie dans vos eaux, je ne suis vraiment pas prête à dire que la compétition ne serait pas féroce.

Sinon, ne vous fiez pas aux apparences, ze souis réjouie de vous vwar zici.

Au sujet du fil RSS, j'avais renoncé, et puis je publiais quotidiennement, Mais là j'entrevois des changements. Bref, stay tuned, y aura du neuf.