24.10.05

Les dessous révélateurs du discours


Poursuivant la lecture du mémoire de maîtrise d'un neveu, je relève quelques singulières citations. Aussi singulières que le personnage du journal dont ledit neveu fit l'étude, le ci-nommé Salvador Dali avec sa Vie Secrète. La première provient du livre de Georges May, L'autobiographie (faites gaffe à vos futurs mensonges !) :

Le mensonge en acquiert, si l'on ose dire, une sorte d'authenticité qui est sans commune mesure avec celle que peut atteindre les plus réussis et les plus mémorables des personnages des romans. Notre manière de mentir, pourrions-nous dire, si nous avions le goût du paradoxe, est peut-être ce qui révèle le plus sûrement notre vérité profonde, à la manière des célèbres erreurs involontaires dont parle Freud.

Les deux suivantes proviennent de La violence de l'interprétation de Castoriadis-Aulagnier. La première est étonnante, qui affirme l'un des courants de pensée souterraine dont on peut observer de ses évidentes manifestations en notre époque :

L'apologie de la folie, l'apologie du devoir de non-thérapie et de non-guérison sont les formes modernes d'un rejet et d'une exclusion qu'on n'a même plus le courage de reconnaître, ce qui les rend au moins aussi oppressives et néfastes que l'ont été leurs prédécesseurs. Aborder sur les rives de la folie exige qu'on accepte d'avancer en ce lieu où se joue un drame que l'observateur, sauf exception, ne paye ni de sa douleur, ni de sa raison.

Alors que, la seconde — et je cite ici mon neveu — concevrait que le personnage que dépeint Dali présenterait « les conditions nécessaires à la formation d'un Je à potentialité paranoïaque, mode de relation au monde caractérisé par une pensée délirante primaire comme elle le définit. » :

La pensée délirante s'impose la tâche de démontrer la vérité d'un postulat du discours du porte-parole visiblement faux. Ce postulat, implicitement ou explicitement, concerne l'origine du sujet et l'origine de son histoire : les premiers "entendus" parlant cette double origine se sont révélés au sujet contradictoires avec son vécu affectif et effectif. Entre le commentaire et le commenté s'est fait jour une antinomie. Accepter le commentaire, le reprendre à son compte, impliquerait de s'approprier une histoire sans sujet et un discours qui dénierait toute vérité à l'expérience sensible. Le refuser comporterait de rester face à face avec un éprouvé indicible, une chose innommable. Pour fuir ces deux impasses, fuite qui n'est rien moins qu'assurée, reste au Je la possibilité d'interpréter le commentaire. Grâce à cela il peut espérer faire coïncider, toujours de manière plus ou moins bancale et forcée, la suite de son histoire avec un premier paragraphe écrit par la pensée délirante première.

2 commentaires:

Beo a dit...

Il faut avoir l'esprit bien accroché pour lire une biographie de Dali, une autobiographie encore plus!

J'ai fait dans les années 70, j'adorais Dali! Je l'adore encore! Et j'ai toute ma tête en plus!!! Etonnant hein? :-D

Danielle a dit...

Ah ah c'est donc de là que te viennent tes excentriques lunettes roses, miss Harpiste !