19.8.05

Comme des aristocrates


« (...) l'auteur reste à la recherche des mots pour dire l'unité supérieure à laquelle elle aspire et vers laquelle, à ses yeux, tend toute vie. Pour l'enfant qu'elle était — et l'adulte se penche avec tendresse sur ses souvenir de la petite enfance —, cette unité portait le nom de Dieu. Elle écrit ainsi au chapitre III, "Extraits de la biographie de Dieu" :

Le Dieu n'est aucune substance, il est une forme, une enveloppe ; il n'est aucune figure (ni aucun monstre), c'est un habit dont l'humanité orne et cache tout à la fois ce qu'elle a de plus humain, au jour où elle entre en fête, où, victorieuse, elle pleure et jubile. C'est ainsi que Dieu, symbole de lui-même, traverse les temps, et qui voudrait l'attraper par son vêtement ne retiendrait que son seul habit entre ses mains. Depuis toujours Dieu n'est pas Dieu, mais l'usurpateur de lui-même. Ce par quoi probablement il est le plus divin, c'est par sa capacité à se comparer à l'apparence, à ce qui nous échappe, dans la mesure où il désigne un au-delà de lui-même. Plutôt que de se laisser benoîtement diviniser comme tant de choses, oui tant de choses, il se retire dans le vide, dans le royaume de l'anti-Dieu.

Et plus loin, au chapitre suivant, intitulé "Expérience", elle précise :

Au plus profond de lui-même, notre être s'oppose absolument à toute limite. Les limites physiques nous sont insupportables autant que les limites de ce qui nous est psychiquement impossible : elles ne font pas vraiment partie de nous. Elles nous circonscrivent plus étroitement que nous ne le voudrions. Nous nous accommodons de notre propre sphère, de nous-même aussi, et comme des aristocrates se font à un milieu petit-bourgeois, nous nous faisons réservés et indulgents, ravalant notre impatience et notre honte. [...] La plénitude des instants où notre vie déborde fait, pour un observateur extérieur, [...] notre véritable inachèvement, sa fragmentation apparente. »


Extrait de :

Lou Andreas-Salomé, Manuscrit inédit de 107 p., Archives Lou, Göttingen.


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