18.8.05

Le loup et l'agneau


« Seul méritera le nom d'homme, et seul pourra compter sur quelque chose qui ait été préparé pour lui d'En-Haut, celui qui aura su acquérir les données voulues pour conserver indemnes et le loup et l'agneau qui ont été confiés à sa garde.

Or, l'analyse philologique dite "psycho-associative" à laquelle cette sentence de nos ancêtres a été soumise de nos jours par certains savants — n'ayant rien de commun, bien entendu, avec ceux qui habitent le continent d'Europe — démontre clairement que le mot loup y symbolise l'ensemble du fonctionnement fondamental et réflexe de l'organisme humain, et le mot agneau l'ensemble du fonctionnement du sentiment. Quant au fonctionnement du penser humain, il est représenté ici par l'homme lui-même — l'homme capable d'acquérir au cours de sa vie responsable, par ses efforts conscients et ses souffrances volontaires, les données conférant le pouvoir de toujour créer des conditions qui rendent possible une existence commune pour ces deux vies individuelles, étrangères l'une à l'autre, et de natures différentes. »

et, quelques paragraphes plus loin :

« (...) il nous est impossible de ne pas admettre avec la tête et de ne pas reconnaître avec le sentiment que tout être qui se donne le nom d'homme doit surmonter sa paresse et, inventant sans cesse de nouveaux compromis, lutter contre les faiblesses qu'il a découvertes en lui, afin de parvenir au but qu'il s'est fixé et conserver indemnes ces deux animaux indépendants qui ont été confiés à la garde de sa raison, et qui sont, par leur essence même, opposés l'un à l'autre. »

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Je poursuis ma lecture de Gurdjieff. J'ai piaffé d'impatience à devoir subir un profond agacement à lire les trois premières pages de l'Introduction, me disant qu'il ne s'en fallait plus que de peu pour que je renonce au reste. Un verbiage inutile et désagréable c'était ! Qu'on me comprenne bien, le verbiage, ça me connaît, alors je sais me montrer un peu indulgente quand je le rencontre chez les autres, mais y a toujours ben des limites, cin[q]-si[x]-croches !

Enfin, il y a eu ce passage du loup et de l'agneau. Intéressant, rien à redire ni à soustraire. Le noter, donc, pour le retenir et le méditer. Il rejoint, sauf erreur de ma part, le Cor ne edito (don't eat the earth/ne mangez pas le coeur) de Miladus.

Mais revenons à ces premières pages verbeuses et puantes de la prétention de celui qui, se considérant "maître", se voit, du coup, supérieur aux autres, mais s'en gargarisant. De là tous les méandres tortueux de ces premières pages au ton emprunté, seul l'homme digne d'accéder à un degré de conscience plus élevé persévèrera dans sa lecture cela semble-t-il sous-entendre. So... Eurékâ, I am ! Pfft ! Ces quelques pages-là donnent à voir un être si imbu de lui-même que de traces de maître je ne vois pas. Le vrai maître ayant plutôt propension à s'effacer, d'ailleurs, ce que ne montrent pas ces pages confondantes par un simplisme qui n'est jamais recevable que chez un dilettante de l'écriture à ses premiers balbutiements, alors que risible chez celui-ci qui se clame écrivain accompli. Je ne sais pas encore si cela se voulait stratagème avec intention, mais si tel était le cas, ça n'est pas très fort.

Si je souhaite aller au bout de cette lecture, c'est parce que Gurdjieff a été, est toujours, un controversé personnage et que la lecture d'un tel ouvrage permet de fonder sa propre opinion. De plus, et surtout ?, l'observation alerte d'une méthode et de ses applications peut servir ailleurs. Avisée de l'opinion, entre autres, d'un Jean-François Revel, et m'appuyant sur mes propres expériences et réflexions, je veille en lisant. Et sur le loup, et sur l'agneau.

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Premier billet en faisant mention : Aucun sens hors de la quête de la conscience.

Extraits tirés de :
Georges-Ivanovitch Gurdjieff, Rencontre avec des hommes remarquables, Rocher/Littérature, Jeanne de Salzmann (Traduction), Henri Tracol (Traduction), 1984.


3 commentaires:

Danielle a dit...

Juste l'envie de dire le charme que de telles illustrations anciennes exerce toujours sur moi.

Souvenirs de la petite école.

Il se fait de belles choses aujourd'hui, mais je retrouve rarement ce cachet, le sceau du vivant ?, le charme bucolique, serait-il plus juste de dire. C'st peut-être ça, l'urbanité s'est emparé des imaginaires et les a asséchés ou durcis, métallisés ou minéralisés ? Je tâtonne là, je n'affirme pas.

Rappel également des albums de Sylvain et Sylvette. Z'avez connu ? Hiiiii ! on est loin des jeux vidéos et tout ça.

Bertrand a dit...

Sylvain et Sylvette...:-)

Et moi qui ait un magnifique exemplaire d'époque de "L'Histoire de Renard"...

Faudrait que je trouve moyen d'en scanner quelques images...c'est magnifique...

Danielle a dit...

Ah ! un connaisseur !

Merci de déposer votre griffe de Renard au passage. Mon loup salive d'envie d'étudier ces futures images et mon agneau sautille de joie à l'idée que cela pourrait éventuellement se produire...:-)