31.8.05

Voltiges sur l'onde miroitante

Je vous offre un apéritif ?

« Narcisse est le héros aristocratique du Moi descriptible. Il se mire dans son Même, dans la Mère, dans l'Eau. Mais son désir, comme tout désir, est inassouvissable, et le Moi descriptible reste un Moi idéal. Bien plus, le désir d'identité est mortifère. et Narcisse se noie en rejoignant son eau-mère. Il y a une malédiction de l'image comme il y a une malédiction de l'inceste. En contraste, irreprésentable, son amante délaissée Écho est l'autre mode de l'identité, non par la vue, mais par l'ouïe, et pour autant sans vis-à-vis, non agressive, réminiscente, mémorialiste. »

Et encore, un ou deux amuse-gueules, en guise d'accompagnement ?

« Or, le fonctionnement de la signification ne nous a pas invités à postuler une âme, mais pas davantage de néant, ni de néantisation, ni de case vide. L'univers, les organismes et les signes ont suffi. La conscience étant supposée appartenir à toute organisation cosmique comme telle, la conscience réfléchie, propre à l'homme, s'explique assez par la propriété qu'ont les organisations sémiotiques de se prendre elles-mêmes pour objet. D'autre part, si les individus, du moins dans nos cultures, se perçoivent jusqu'à un certain point comme des je descriptibles, c'est que ces systèmes physiologiques et sémiotiques qui durent quelques dizaines d'années et auxquels nous donnons des noms propres, ont une certaine continuité. En effet, ce sont des ensembles de boucles et de feuilletages à la fois chimiques et informatiques qui sont le lieu de sauts et de dérives, mais aussi, du fait qu'il s'agit de boucles et de feuilletages, dégagent un style global, par quoi ils sont objets de haine ou d'amour, pour autrui et pour soi.

Et inversement, s'il y a dans nos cultures des je libres, ce n'est pas qu'il y aurait un quelque chose, ou un rien, qui survolerait les organismes et les signes, ni même une négativité qui imprimeraient leur mouvement à ces derniers, car ce mouvement tient dans les remplacements et les déplacements de la signification elle-même. Mais c'est que le je descriptible a beau avoir quelque cohérence, il ne peut jamais s'identifier ni avec la totalité des systèmes qui le composent, vu que leur résultante n'existe pas, ni non plus avec aucune des séries particulières dont les connexions, disjonctions et conjonctions sont sa réalité concrète à un moment donné. Contrairement au je descriptible, qui est l'objet d'une affirmation maintenue tant bien que mal, et qui est un peu digital mais surtout très iconique, je libre est l'objet d'une négation incessante et s'exprimant dans des signes digitaux principalement, ou absolument : je ne suis pas ceci, ni cela, ni même je descriptible. Plus simplement, je ne suis aucune série particulière, ni aucune totalisation de séries. »


Deux extraits tirés de :
Henri Van Lier, L'animal signé. De Visscher, 1980. 158 pages.

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