
Voilà un triste et incontournable évènement m'obligeant (mais je m'y prête de bonne grâce) à publier : le philosophe et historien Raymond Klibansky est décédé vendredi dernier, à l'âge de 99 ans. Stéphane Baillargeon lui rend un très digne et étoffé hommage dans l'édition du journal Le Devoir d'aujourd'hui (mon titre en est d'ailleurs extrait).
Il n'y a pas dix ans que j'avais découvert l'existence de ce grand érudit. C'était lors d'une émission de Chasseurs d'idées présentée à Télé-Québec et animée par Michel Desautels. Il devait donc avoir ses 90 ans bien sonnés déjà, et il était là, ce tout petit homme au savoir immense comme le ciel à s'exprimer en toute douceur, sans arrogance aucune (tant d'autres en affichent qui ne lui arrivent pas même à la cheville !). Non, on avait là, devant nos yeux, une vraie présence, et qui nous entretenait avec, on la voyait dans ses yeux, la flamme dense, intense et tranquille de celui qui aime la vie et n'a pas lésiné en efforts pour comprendre le monde, malgré les horreurs (et/ou à cause d'elles ?).
Cette "rencontre" s'était imprimée en moi, et pourtant, ce n'est que cette année que j'ai entamé la lecture du magnifique ouvrage écrit à six mains qu'est Saturne et la mélancolie. Ce qu'il me faut dire ici, c'est que ce sont des êtres de cette trempe qui ont fait qu'il n'est point question pour moi de foi mais de certitude en la Beauté à trouver, à cultiver et à produire dans la vie. Raymond Klibansky est une lumière-témoin inextinguible pour moi, un modèle, une inspiration, un héros des temps modernes, alors que tout pourrait concourir à nous inoculer cynisme et désespoir. Ses mots, relatés par Baillargeon, donnent formidablement bien la mesure : « Ce n'est pas parce que, souvent, le résultat des efforts est minime, ou même non existant, qu'il ne faut pas les faire, aimait-il répéter. L'effort personnel, l'effort éclairé par une conviction, fait une différence. L'histoire est pleine d'exemples montrant que l'action d'un individu, la personnalité d'un individu, a changé quelque chose. ». Une vérité éprouvée, qu'il nous faut n'avoir jamais de cesse de la reproduire, à notre échelle.
Billets antérieurs relatifs à Saturne et la mélancolie :
Saturne et la mélancolie, notes de lecture I
Saturne et la mélancolie, notes de lecture II
Saturne et la mélancolie, notes de lecture III
Bibliographie des oeuvres de Raymond Klibansky sur le site de L'Agora.



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