
« Si toutefois, pour une raison quelconque, je ne parviens pas à accomplir la tâche que j'ai prise sur moi, je me verrai forcé de reconnaître le caractère illusoire de toutes les idées exposées dans ce récit, ainsi que les extravagances de mon imagination, et fidèle à mes principes, d'aller me réfugier la queue entre les pattes comme aurait dit Mullah Nassr Eddin, dans la plus profonde des vieilles galoches qui ait jamais été portée par des pieds en sueur.
Et s'il en est ainsi, je prendrai la décision catégorique de ne faire paraître que les textes dont je viens d'achever la révision, c'est-à-dire la première série de mes ouvrages et deux chapitres de la seconde; de cesser à tout jamais d'écrire et, une fois rentré chez moi, d'allumer sous mes fenêtres un énorme feu de joie au milieu de la pelouse pour y jeter pêle-mêle tout les reste de mes écrits.
Après quoi, je commencerai une vie nouvelle en me servant des facultés que je possède pour la seule satisfaction de mon égoïsme personnel.
Un plan s'ébauche déjà dans ma folle cervelle pour mes futures activités.
Je me vois organiser une nouvel Institut avec de nombreuses succursales, non plus cette fois pour le Développement harmonique de l'Homme, mais pour l'apprentissage de moyens inédits d'auto-satisfaction...
Et vous pouvez me croire, une affaire comme celle-là marchera toujours comme sur des roulettes.
Georges-Ivanovitch Gurdjieff, La question matérielle, in Rencontre avec des hommes remarquables, Rocher/Littérature, Jeanne de Salzmann (Traduction), Henri Tracol (Traduction), 1984.



5 commentaires:
Sur ce site de prévention contre les sectes, on voit Gurdjieff comme un guru et les groupes formés à sa suite, comme des sectes, et ce qu'ils en disent présente des arguments qui pourraient être convaincants. J'y ai d'ailleurs retrouvé le texte que j'ai voulu citer ici, texte apparaissant en fin du livre des "Rencontres avec...", que j'ai commencé à lire par la fin. Cela dit, je réserve mon jugement pour plus tard, car au premier abord, Gurdjieff dit bien "Si toutefois, pour une raison quelconque, je ne parviens pas à accomplir la tâche", alors il se mettra à ne penser qu'à son égoïsme personnel. Me reste à voir si il était parvenu à l'accomplir ou pas, cette tâche et ce qui en a résulté. Eux le disent pur manipulateur dès le départ.
Par ailleurs, le texte de "La question matérielle" (dont ma citation est extraite) rapporte certains éléments où l'aisance dans la désinvolture de Gurdjieff à agir sans scrupules envers certains types de personnes me laisse avec quelques interrogations. Ça aussi, faudra voir si d'autres pistes permettent de discerner le fond de l'affaire.
En tout cas, sur Wikipédia, on ne fait pas de Gurdjieff une gloire. non, on pourrait vraiment pas dire ça.
Il paraît que certains grands intellectuels français, et aussi Aldous Huxley et André Breton, entre autres, ont vécu dans une certaine proximité avec l'homme. Paraît également qu'il y a tout plein de sectes secrètes qui s'en inspirent encore de nos jours et qu'ils ne font pas dans la dentelle (par ex., le Bien aurait muté en Mal et le Mal en Bien).
On verra si je m'arrêterai seulement à ce bouquin de lui. Dépendamment de mes constatations en cours de lecture.
Et pis, à y repenser, le seul fait d'envisager une telle réaction a priori à une défaite éventuelle me semble déjà révéler un intérêt égoïste avant sa survenue présumée a posteriori. Ça commence à prendre des airs de fausse justification...
M'enfin, si tous les peintres non reconnus de leur vivant avaient envisagé les choses de même manière, l'art qu'ils nous ont finalement laissé se réduirait comme peau de chagrin !
Je soliloque, je soliloque, mais bon, que pensez-vous de ceci que Gurdjieff dit encore : « (...) malgré le nombre de mes ennemis — qui, selon une loi déjà bien établie, augmentait proportionnellement à celui de mes amis — (...) ».
Vérifiez-vous cette loi de même façon ? Not me.
Décidément.
Voilà un bien étrange discours que celui tenu par Gurdjieff – quant à l'amitié cannibale du monsieur, bien peu pour moi, devrais-je en être catégorisé l'ennemi ! Somme toute, l'égoïsme de cet écrivain est excusable, joli comme tous les égoïsmes, mais a ceci de suspect qu’il est drôlement monté en épingle.
Je ne connais pas Gurdjieff mais on m'a parlé de l'ennéagramme : on enseigne cela aux élèves de psychosociologie à Rimouski, un cours entier y est même consacré. Certains semblent y voir un outil efficace pour faire la typologie des personnalités.
J'avoue ne pas avoir accordé trop de sérieux à ce qui m'apparut comme une perspective méprisante sur l'individu. On m'offrait un jeu de parfaits clichés, assemblables jusqu'à la jubilation. «Cela ne fait pas de personnalités, répondis-je, mais de mauvais personnages».
Et c'était fait, j'étais devenu un réactionnaire manquant d'humanisme, un critique parfaitement documenté dans l'ennéagramme ! À fuir !
Je suis allé voir ailleurs, si j’y étais.
Ailleurs étant ici, je confirme, vous y êtes ! Un plaisir de vous retrouver, messager poétique sous auspice godinienne (entre autres) !
À ce qu'il semble, Gurdjieff parvenait à exercer un puissant ascendant sur quiconque le rencontrait. De nombreux témoignages rapportent qu'une seule rencontre avec lui laissait des marques profondes pendant long de temps. Qu'un être ait du charisme est une chose, ce qu'il en fait en est une toute autre.
Enfin, je le (presque re-) lis, avec bien de la curiosité, puisqu'autour de l'époque ouimetoscopique de ma vie, mes lectures et intérêts me l'avaient fait connaître, sans goût d'une étude approfondie, mais c'était dans l'air, ça et Le matin des magiciens et tant d'autres. N'empêche que ça m'a intriguée de découvrir que Breton a eu ses accointances avec l'homme.
Un cours entier consacré à l'ennéagramme à l'adversité ?!? Me voilà réactionnaire avec vous ! Mais, moi, ça fait longtemps que je suis ailleurs...
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