13.8.05

Chronique diariste I


Il s'agit bien de ce qu'introduit le titre. Une chronique diariste, parce que — pour faire bref, là n'étant pas mon sujet, disons-le comme suit — les perspectives nombrilistes d'un journal (là, j'entends des cris et des hurlements...) m'insuffisent (réussirai-je à déborder lesdites perspectives, cela reste à démontrer).


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J'ai écrit, depuis mon réveil et depuis mon lit, sans crayon autre que celui de mon esprit, des dizaines et des dizaines de pages. Un bonheur plutôt rare, où l'on étire le plaisir de se prélasser douillettement et où la faim nous accorde ce répit avant de nous tirer définitivement hors du lit.

Ainsi émergea de l'informulé, mais du souvent éprouvé, cette sensation-désir de dormir en plein air. Souvenir de quelques rares nuits à dormir sur la galerie ouverte de la vieille maison plus que centenaire de la grand'mère, à respirer les caresses du vent, à me saoûler de la musique bruissante de son passage dans les arbres feuillus, et à sentir le charme de la lumière des étoiles et de la lune se glisser en moi profondément et à jamais. Légère appréhension des chauve-souris dont le vol de proximité nous rendra plus tard suspicieuse de la qualité de leurs facultés en matière de radar (mais peut-être ne font-elles que frôler l'interdit, en proie à un doute existentiel quant à leurs attirances envers une autre espèce vivante que la leur ? Ah ! déesse Fantaisie, quand tu nous tiens !)

Et les oiseaux. Les vastes fenêtres de ma chambre laissent si bien pénétrer leur chant que, dans un demi-sommeil, je me croirais dans leurs nids (démultipliée, comme vous voyez). Cet été, j'ai eu droit à une variété de chants et de pépiements qui me porte à croire que l'immense sapin bleu qui borde l'encadrement sud-ouest fut l'hôte de multiples emménagements et déménagements (quartier red light aviaire ??) ! À moins que ce ne soit dû aux quelques jardinières aux pousses variées installées sur mon balcon ? Cette faune ailée jubilatoire mériterait bien mieux de ma part que cette molle envie ornithologique... (notez, ici, mes premiers points de suspension : je m'améliore !)

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Voilà près de deux heures (!!!) que je vous écris et que je chipote pour adjoindre une image à ce billet. Si l'artiste-peintre rendait ses oeuvres disponibles en fichiers jpg, c'est cette oeuvre-là que j'aurais choisie au départ. Cela dit, je vous incite à aller y voir et découvrir ce Louis Rocquin dont les créations sont une perpétuelle exploration artistique inspirée par le figuratif et le surréalisme (dixit l'artiste lui-même). Toutefois, le Birdbed présidant ma chronique me plaît plutôt bien, ajoute-je, malgré l'allure légèrement inquiétante de la tête du porteur, et les deux oiseaux noirs lui tournant autour : je me verrais bien flotter dans l'éther dans un pareil lit !

Chronique diariste I devrait avoir sa suite. Bé oué, je ne vous ai encore à peu près rien dit de tout ce qui m'a traversé l'esprit dans la première heure écoulée depuis le réveil ! Si ça ne s'évapore pas, et si je ne me laisse pas prendre par l'action de la vie ailleurs, ça s'écrira. D'ailleurs, la IIe s'impose, je dois ab-so-lu-ment vous parler de la Sarabande de Bergman !
(Eh oui ! réjouissons-nous sans trop de bruit — on ne sait jamais —, depuis deux ou trois jours, je me sens de mieux en mieux ! Répit/rémission notable, ou juste un teaser doux-amer avant une nouvelle marée basse ?? Nul ne sait. Mais je me sens optimiste. Sauf que ça m'est toujours très aisé de l'être quand je me sens bien. Autrement dit, ça n'est pas une garantie sous couvert de signe.)


4 commentaires:

Anonyme a dit...

Superbe texte, Maridan'. Je me réjouis de voir que tu vas mieux. J'attendrai donc la suite de cette chronique avec grand intérêt.

Danielle a dit...

Thank you, sir ! Je peux dire que c'est un réel plaisir d'avoir l'énergie pour mettre en mots ce qui s'écrit en soi, et tant mieux si la lecture est également plaisante au lecteur. À toi, d'abord !

Je te le dis ici, et ça s'applique souvent à d'autres, mais à force de l'écrire, je parviendrai peut-être à en faire un réflexe, donc, tu écris bien toi-même. On voit le soin que tu apportes à écrire (non, j'ai pas dit qu'on sentait le travail, j'ai dit on voit, on le constate donc). Je le dis rarement, moi je réagis la plupart du temps au contenu, mais je voudrais souligner plus souvent la qualité et la beauté de l'écriture quand je les trouve.

Merci, thanks, grazie...

Anonyme a dit...

C’était de la provoc, dis-tu? J’en suis bien conscient, et cela m’a fait sourire, d’autant que, je dois bien l’avouer, la perspective d’avoir un journal intime (nombriliste?) — ou tout au moins fortement imprégné de mes problèmes, mes états d’âme — ont fait en sorte que je me suis beaucoup questionné sur la pertinence d’un tel médium durant mon absence de quelques semaines de la blogosphère.
Je ne tenterai pas ici d’en justifier l’utilisation, puisque chacun est libre d’aimer ou non. Je dirai seulement que sa pertinence s’est imposée d’elle-même dans mon cas parce que je ne peux faire abstraction du fait que mon œuvre, aussi modeste soit-elle, est totalement issue de cette matière qu’est la vie, l’enfance, la famille, les amours, etc…
Or, tout projet d’écriture, quel qu’il soit, se doit de puiser aux sources et même de s’en abreuver le plus souvent possible. Je parle pour moi, évidemment.
Tu parlais de la qualité de mon écriture? Je t’en remercie beaucoup. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, surtout parce que ma scolarité, fort modeste (un petit secondaire IV en poche), m’a obligé à travailler triplement la langue, et que cela, forcément, a laissé quelques traces, les putains de "fôtes", entre autres!
Je terminerai mon intervention en disant qu’en matière de blog intime, si on peut dire, ceux de Catherine et de Patrick m’inspirent beaucoup. Catherine dit souvent que l’intime tend vers l’universel (enfin quelque chose comme ça) et je crois qu’elle a raison.
Enfin, tout ça pour dire que j’aime bien ce que je fais en ce moment! :o)

Danielle a dit...

Une petite provoc quasi désamorcée d'avance quand on ajoute aussitôt qu'on entend les cris et hurlements, n'est-ce pas.

De fait, j'énonçais en des termes une opinion qui n'est pas fondamentalement la mienne, sinon qu'avec toutes sortes de nuances (et encore !) :

1. le seul fait que quelqu'un écrive, déjà, est louable, pour la bonne raison que c'est du temps pris pour soi, pour aller à sa propre rencontre, une découverte continuelle.

2. un journal intime... demeure intime ! Sinon, il devient extime (enfin, t'as lu Assouline, toé itou !! mais même avant de l'avoir lu...)

3. découvrir q'il y en a d'autres qui existent passe généralement par l'exploration et la contemplation de son propre nombril. Parler de "perspectives nombrilistes" du journal était volontairement outrancier, mais l'on peut observer que les perspectives de l'un sont plus réduites que celles d'un autre. Le tout serait d'observer qu'il y a un passage qui se crée de plus en plus vers la conscience de son moi propre, car plus elle est grande, plus les autres deviennent réels. Etc.

4. Catherine connaît la psychanalyse (entre autres choses, eh), c'est le discours qui en émane, celui du particulier qui tend à l'universel. Je ne connais pas vraiment quelqu'un qui aurait autorité pour dire, dans le dévoilement de l'intime, jusqu'où on a le droit d'aller (quand y a que soi qui soit concerné, du moins, autrement on pourrait en discuter encore. Un exemple, je considère que la délicatesse est de très bon aloi lorsque l'amour-propre d'un autre est en cause, et juste ça, là, on pourrait emprunter des tas de voies qui nourriraient uen fois de plus la discussion).
Un critère auquel j'accorde de l'importance, c'est que ce soit mon libre choix de dévoiler ce qui m'appartient en propre. Des gens m'ayant connu y a bien bien des années se trouveraient fort étonnées de lire certaines choses que j'ai écrites, elles qui me considéraient être très "privée" pour emprunter leur terme. Alors que d'autres, au même moment, pensaient le contraire !! Enfin, y a des choses dont j'ai pas envie de parler publiquement tout simplement parce que je le garde pour moi tout seul, ou les personnes qui s'y rattachent. je ne suis pas un bar ni un buffet ouverts 24 heures ! Y a tout plein de bonnes raisons de dire des choses ou de les taire, et AUSSI tout plein de mauvaises raisons de les dire, ou de les taire. Etc.

Oui, d'accord, pour l'enfance-source et tout le reste. Cela dit, y a toutes sortes de formes possibles pour l'exprimer. Y a aussi la possibilité d'en tirer un thème ou une idée à partir de laquelle raconter une histoire qui pourrait être plus, ou tout autant, vraisemblable encore que ne le paraîtrait le récit biographique. Etc.

Enfin, si j'ai intitulé mon texte Chronique diariste, c'est pour la latitude que je comptais clairement me donner pour raconter. La chronique n'étant pas surtout diariste, ni le journal, une chronique.

Pardon pour les "Etc.", mais je tiens à indiquer de la sorte que le tour du sujet n'a pas été fait, et on aura sûrement bien d'autres occasions d'y revenir !

+++ : t'as bien travaillé depuis ton secondaire IV, et je mets une grosse étoile à ton carnet ! Ce qui me rappelle que j'ai un remaniement à faire dans mes liens, mais comme y en a un autre qui doit le précéder, ça va devoir attendre.

Ah oui, contente de voir que ta liberté t'a ramené ici sans obligation, pour le "débat"... (dommage, que j'aie pas de smileys, je mettrais un clin d'oeil). @ + !