J'avais commencé à répondre au second message de Daniel, là, puis j'ai eu plutôt envie de publier très nettement ce qui a surgi. Mes mots n'étant jamais qu'un faible écho de la somme de ma vie, il serait juste d'ajouter que tout dialogue amorcé, ainsi que chaque effort de sens donné ou reçu, favorise chez moi une plus grande réception de la résonance de cette somme, renouvelle mes perspectives ou en suscite de nouvelles.

Et
moi
je
suis,
de
nature,
nature
...
Et
moi
je
suis,
de
nature,
nature
...
Cela pour dire que je ne saurais dire où je loge, par rapport à Nietzsche ou Kant, je ne connais pratiquement pas leur pensée. Je ne pourrais pas en dire tellemment plus par rapport à quiconque, d'ailleurs. Je sais être plus attachée à certains penseurs/acteurs que d'autres, mais je ne saurais épouser totalement leurs visions et pensées, toujours quelques choses achoppent.
Fonds judéo-chrétien obligeant, au sein d'une société profondément déterminée par icelui (pour faire court), je perroquetai pendant un bon moment ce que j'appris par coeur. Cela entrecoupé de hoquets désespérants. Puis le coeur, déjà en piteux état, éclata en mille morceaux - prévisible lorsque mal oxygéné et pompant mécaniquement, comme une automate. La rouille a fait son oeuvre. Comme quoi elle n'est pas toujours létalement destructrice. Non, non, voyez : mon coeur, je ne l'ai pas recollé. Je n'ai pas eu à le faire, la chair de son tissu s'est recomposée. J'ai appris à respirer, de manière autonome, à l'air libre. Depuis, il se gonfle, se dégonfle, se regonfle, et ainsi de suite jusqu'à l'ultime battement. Pas toujours aisé de respirer, selon les vents et ce qu'ils peuvent charrier de mauvais. Évidemment, les éclats d'antan ont laissé des marques. Il arrive qu'elles se creusent, ou qu'elles se cautérisent, me laissant le coeur brodé.
Je peine à me positionner aussi clairement que certains, nombreux. Je me range pourtant parfois, l'ai fait et le referai encore. En tout cas, chez moi, rarement cela est-il dégagé d'un sentiment d'imposture, tellement je sais que tant de choses m'échappent qui influeraient sûrement sur la pose que je déclare prendre. Tellement je sais aussi la relativité de cette pose (peut-être en va-t-il de même pour tout le monde ?). Je voudrais pouvoir représenter cela toujours aussi clairement que possible quand j'énonce quelque chose, quand j'adopte une pose, mais l'air ne peut circuler dans les espaces fermés, murée en moi ou par l'extérieur. La respiration s'arrête lorsque l'on se/nous fixe/fige.
Pourtant, pourtant, chaque instant qu'il nous est donné de connaître appelle à une nouvelle réponse.
Ce doit être quelque part dans ce champ là que naît ma morale. Au sein de ma nature inachevée et de celle, en mutation constante, où je vis.



2 commentaires:
Daniel, je compte bien te répondre, et comme il faut, mais ça ne s'est pas prêté à ça en fin de semaine. Demain, j'espère ! Très intéressante, ta réponse.
Me voilà. Alors que toi, tu es rendu dans le bas-du fleuve, chanceux !
Je marche aussi au sentiment, Daniel. Parfois, il me fait courir (voler ?), parfois il ralentit mon pas, mais, à l'égard de la lecture, oui, le sentiment a toujours primé.
Je ne sais pas pour toi, mais mon sentiment à moi a souvent pu prendre forme, je crois, à cause des mots de ces auteurs, ces mots trouvés qui rendaient palpables ce qui autour de moi était soit ignoré, réprimé, inconnu, alors que j'y rencontrais ma réalité, et plus encore.
Ensuite, tu sais, si, en 99, j'ai pu m'offrir un retour aux études, et si début 80, j'ai également suivi quelques cours, je ne me sens pas toujours pas posséder ce type de formation académique qui fait que tu maîtrises un certain corpus d'auteurs et de champs de pensée auquel référer, sur lequel construire ou déconstruire sa pensée personnelle. Si j'avais eu plus de sous, je serais restée à l'université et poursuivi jusqu'à la maîtrise. En sciences po. J'ai pas pu.
J'envie ceux qui possèdent ce bagage, cette formation, pour ce que ça donne. J'envie ceux qui ont une mémoire encyclopédique. Avant, j'en restais complexée. Mon passage à l'université a eu cela de bon que j'ai pris conscience que si je n'avais pas cela, j'avais bien autre chose. Et que je pouvais sur certains plans me montrer tout aussi redoutable qu'un universitaire accompli. Mais au-delà de tout ça, ça m'a permis d'établir de nouveaux rapports, intéressants et fructueux, avec certains de ceux-là rencontrés.
Quant à l'analyse des positions des auteurs qui m'ont marquée, ce doit être - par certains aspects - une lacune chez moi aussi. Mais je pense que ça m'a toujours un peu repoussé parce que je ne parvenais pas à trouver la bonne posture à tenir pour les analyser. Trop consciente que ma lecture différait de leurs discours, trop consciente que la mise en relief d'un aspect de leur oeuvre n'était pas souvent juste pour le reste, trop consciente qu'on résumait souvent trop mal.
Qu'est-ce qu'il reste, alors ? D'essayer d'articuler sa propre pensée à soi. Pensée composée de toutes ces lectures, mais discours que je peux faire mien sans le sentiment de travestir le leur. Ils ont nourri, et cela se poursuit, ma vie, cela je peux le reconnaître, mais n'ai plus le sentiment de les trahir en leur mettant des mots dans la bouche qui seraient plutôt les miens (euh... il s'pourrait bien que je le fasse aussi, encore, quand même. Zut).
Je ne pourrai jamais établir la liste de tous ceux à qui je dois. Ils sont trop nombreux à avoir laissé leur marque. Mais je vais quand même m'y mettre, même si je la sais d'avance interminable.
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