17.10.05

Incidence rythmique


« Avant la Renaissance, on concevait Dieu comme un son ou une vibration. On comprend une telle conception parce que le rythme d'un peuple est vraisemblablement l'élément qui lie avec le plus de force les êtres humains entre eux. Je suis, en fait, arrivé à la conclusion que l'espèce humaine vit dans un océan de rythmes. Certains ne le perçoivent pas, alors que pour d'autres, au contraire, cela est tout à fait tangible : ce qui explique pourquoi certains compositeurs semblent vraiment capables de puiser dans cet océan, d'exprimer pour les autres des rythmes qui sont sentis, mais non encore exprimés, comme musique. Les poètes font la même chose, mais sous une forme différente. »

« Entraînement est le terme choisi par William Condon pour désigner le processus qui se produit quand deux ou plusieurs individus s'engagent dans une relation mutuelle par l'intermédiaire de leurs rythmes et que ces rythmes se synchronisent. Condon et moi-même pensons qu'on finira par démontrer que la synchronie commence à partir de la myélinisation du nerf auditif, autrement dit, six mois après la conception d'un individu : le foetus commence alors à entendre. Immédiatement après la naissance, les mouvements du nouveau-né suivent le rythme de la voix de sa mère. L'enfant synchronise aussi ses mouvements avec la voix d'autres individus, quelle que soit la langue qu'ils parlent ! On peut donc considérer comme innée la tendance selon laquelle les individus se synchronisent avec les voix qu'ils entendent autour d'eux. Le rythme particulier qu'ils acquièrent dépend de leur environnement culturel au cours de l'apprentissage de ces modèles. On a donc de bonnes raisons de penser que des êtres humains normaux sont capables d'apprendre à se synchroniser avec n'importe quel rythme humain à condition que cet apprentissage ait lieu suffisamment tôt.

Manifestement, quelque chose d'aussi profond que le rythme, acquis par un individu au début de sa vie, élément enraciné dans l'ensemble des codes de comportement inné de l'organisme humain, et partagé par toute l'humanité, ne doit pas seulement être important, c'est probablement un des éléments essentiels qui contribuent à la survie de notre espèce. Il est tout à fait possible de découvrir dans l'avenir que la synchronie et l'entraînement sont encore plus essentiels à la survie des êtres humains que le sexe au niveau individuel, et aussi essentiels à leur survie que le sexe au niveau du groupe. Sans la capacité des êtres humains de s'entraîner mutuellement — ceci se produit dans certains types d'aphasie — il leur est pratiquement impossible de survivre. Le Dr Barry Brazelton, un pédiatre de Boston, s'est consacré pendant des années à l'étude de l'interaction entre parents et enfants dès la naissance; il a décrit les multiples et subtils niveaux de synchronie qui s'établissent entre eux dans les relations normales, et il affirme que des parents qui battent leurs enfants n'ont jamais appris à synchroniser leurs propres rythmes à ceux de leurs enfants. Le rythme fait tellement partie de la vie de chaque individu qu'il n'en remarque pratiquement pas l'influence sur son comportement. Quelque part, dans le processus de synchronie, existe un lien entre l'expérience consciente normale, et l'expérience dite métaphysique. Il n'y a qu'un pas de l'océan de rythmes dans lequel tous les individus sont mutuellement entraînés, aux théories plus contemporaines sur le phénomène de précognition.
»


Hall, Edward T., La danse de la vie, Temps culturel, temps vécu. Paris, Seuil, 1984. 282 pages.

Extraits du même ouvrage publiés antérieurement : Temps divers et Le lait maternel de la dualité.

8 commentaires:

Anonyme a dit...

Chère es carpée,

est-ce déplacée si je vous écris ce petit mot :
Yeah, let's groove baby !...

Le "baby" étant générique bien entendu. Il s'adresse à une personne imaginaire à laquelle je m'adresse pour me mettre en rythme avec cette note. ;o)

J'aime bien cet extrait.
J'ai pas la télé mais qu'est-ce que j'ai comme CDs...
J'aime bien être au diapason de cette musique qu'est notre monde. Entre musique douce et parfois plus rock n' roll en passant par de l'électro déjanté. ;o)

Danielle a dit...

Et l'électro déjanté, c'est mouahh ?

Sinon, UU, bibi n'est pas imaginaire du tout, incredible oui, inimaginable oui encore, mais pas imaginaire...

Mais, bon, ça va, j'accepte l'emploi de votre terme générique, cela coûte toujours moins cher, tout comme les médicaments.

J'espère que vous appréciez : j'ai tenté de me montrer ici le plus au UU et DiapaSon qu'il m'est possible sur votre musique. ^_^

Danielle a dit...

Sinon, je me montre coriace, comme ça, mais voyez l'amande dans la noix...

Danielle a dit...

La 2e citation m'apparaît être une avenue de réflexion très intéressante en regard de l'analyse de certaines violences observées dans nos sociétés d'ultra-vitesse. Par exemple, peut-être que chocs et contre-chocs de nos rythmes ont partie liée dans la violence au volant (avec ou sans pare-chocs) ?

Anonyme a dit...

Hmm... quelle 2ème citation ?
[la fièvre ne tombe pas. je dois voir trouble... ;o)]

Danielle a dit...

Je dois avoir les guillemets dansants, alors ? (y en a 4, dans ce billet, donc : deux citations !)

Tiens, que penseriez-vous, comme titre de comédie musicale : L'Ès Carpée Night Fever ??

Sinon, moi je dis que, the groovin' fever, vous êtes né avec. À la manière d'Obélix avec la potion.

Inutile de "loucher"...

(hé hé, celle-là, je ne l'avais pas vue venir, qu'est-ce que je rigole !)

Anonyme a dit...

Qu'est-ce que vos oreilles vous laissent à écouter pour avoir un tel verbe ?

En tout cas, je rigole pareillement... héhé [rire un soupçon plus gras, plus masculin ;o)]

Quant à la violence au voulant, vous aurez remarquez que le luxe de nos jours est de ne plus entendre son voisin d'autoroute. Sonorisation ultra poussée pour ne laisser que la douceur dans l'habitacle dans ce monde de brutes.

Tellement insonorisé qu'il m'a valu mon seul et gros excès de vitesse voilà 3 ou 4 ans. ;o)

Vous devez avoir raison. Votre 2ème citation a vu juste. Ou entend juste. [je m'y perds là ... ;o)]

Danielle a dit...

En fait de verbe, cher UU, je ne vois pas ce que vous avez à m'envier, honnêtement. Vous z'avez de l'esprit tout plein pis la succulence lexicale à l'égal de votre qualité de fin gastronome, alors ??

Intéressante, la mention de l'excès de vitesse. Impossible parallèle à faire entre l'autoroute et la circulation des idées : leur flux est inversement proportionnel... Ça explique peut-être. quoique partiellement, mon goût pour la solitude : pour faire sauter le mur du son (ou çon, comme dirait Traobé, pensant : con).