19.7.05

Au milieu du sentiment


Qu'on ait lu ou non L'après-midi de Monsieur Andesmas de Marguerite Duras, l'analyse et le commentaire qu'en fait Madeleine Alleins sont dignes d'intérêt ne serait-ce que pour ces seuls propos :

« L'amour a des degrés, pas de catégories. »

« La compréhension se fait par degrés. Elle n'est pas seulement vue de l'esprit mais modification. Il faut le temps que l'information dépasse les couches superficielles de l'entendement, atteigne la volonté, retentisse sur le comportement. »

° Ce moi dont l'impuissance lui avait été douloureusement révélé, cette fois il le regarde à distance et ne le trouve pas digne d'être aimé. Cette prise de conscience de ce qu'il est le débarrasse de l'impression d'être injustement traité. Prendre du recul, ne plus être obnubilé par l'importance qu'on s'attribue, ne plus se faire centre par lequel tout passe, à qui tout est dû, est une découverte primordiale. »

« M. Andesmas aboutit à une certaine "mort" du moi que tout amour véritable implique, car aimer c'est reconnaître que l'autre existe et ne pas tenter, en vertu de l'attachement qu'on a pour lui, de limiter sa liberté. »

« On perçoit les exigences de l'amour qui, au-delà de la jouissance, de la connaissance, de la continuité, débouche plus loin, constate chez l'autre une dimension qui l'empêche d'être possédé, fait surgir la transcendance au milieu du sentiment. »

« (...) l'amour est une vie qui se vit en nous, dès lors qu'on ne lui oppose pas les limitations de la personne. »


Madeleine Allein, Marguerite Duras: Médium du réel, L'Âge d'Homme, 1984, 173 pages.

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