À la mémoire de mon père
Trente-deux ans depuis ta mort, papa. Trente-deux.
J'ai tout juste dépassé l'âge que tu avais lorsque je suis venue à la Nuit. Une nuit hivernale où se sont profondément engouffrées toutes les Nuits antérieures à mon histoire, jalouses de l'Aube à venir. Des Nuits aux écheveaux noueux et si emmêlés que c'est au risque d'en rompre le fil que l'on se frotte lorsqu'on tente de le remonter. Il a bien fallu, pourtant, pour vivre et non que survivre.
J'ai tout juste dépassé l'âge que tu avais lorsque je suis venue à la Nuit. Une nuit hivernale où se sont profondément engouffrées toutes les Nuits antérieures à mon histoire, jalouses de l'Aube à venir. Des Nuits aux écheveaux noueux et si emmêlés que c'est au risque d'en rompre le fil que l'on se frotte lorsqu'on tente de le remonter. Il a bien fallu, pourtant, pour vivre et non que survivre.
Sais-tu, papa, que j'ai parfois eu froid pour toi, à rebours, en me demandant si les astres étaient quelquefois parvenus à éclairer ton sombre ciel d'alors, surtout vers la fin ?
Je sais mieux aujourd'hui dans quelle solitude tu errais. Mes yeux ne sont plus aveugles aux peurs et à la lassitude qui furent les tiennes, ni à ces fatalités trop lourdes et trop injustes qui t'ont fait prisonnier.
Nos murs d'impuissance, infranchissables en ce temps-là, nous séparaient l'un de l'autre. Mais pas qu'eux, et pas que nous.
Il y a des conditions humaines qui n'en sont pas, et si je ne fais plus l'erreur de t'en tenir grief, je te dis que j'ai aussi mis un terme à cette résignation silencieuse et que j'ai retourné aux systèmes oppressifs et répressifs cette honte dont ils ont taxé nos vies et qui, vraiment, leur appartenait en propre.
Je ne sais pas où tu es, papa. Si tu es quelque part.
Si tu es quelque part, as-tu trouvé le repos ?
Le nuage noir du 16 juillet 1973 ne plane plus au-dessus de ma tête, papa. Ni n'obscurcit ma vision. Il s'est graduellement dissous dans le Bleu diamanté de la Baie. Et l'Aube s'est levée. Aujourd'hui le temps de l'enfance est dégagé, papa. Ce temps où tu te faisais mon complice en plongeant ta main dans la jarre à biscuits pour m'en donner deux en cachette, à moi qui m'étais éclipsée de la classe où l'Oeil-de-Dieu, effrayant, voyait tout.
Je sais mieux aujourd'hui dans quelle solitude tu errais. Mes yeux ne sont plus aveugles aux peurs et à la lassitude qui furent les tiennes, ni à ces fatalités trop lourdes et trop injustes qui t'ont fait prisonnier.
Nos murs d'impuissance, infranchissables en ce temps-là, nous séparaient l'un de l'autre. Mais pas qu'eux, et pas que nous.
Il y a des conditions humaines qui n'en sont pas, et si je ne fais plus l'erreur de t'en tenir grief, je te dis que j'ai aussi mis un terme à cette résignation silencieuse et que j'ai retourné aux systèmes oppressifs et répressifs cette honte dont ils ont taxé nos vies et qui, vraiment, leur appartenait en propre.
Je ne sais pas où tu es, papa. Si tu es quelque part.
Si tu es quelque part, as-tu trouvé le repos ?
Le nuage noir du 16 juillet 1973 ne plane plus au-dessus de ma tête, papa. Ni n'obscurcit ma vision. Il s'est graduellement dissous dans le Bleu diamanté de la Baie. Et l'Aube s'est levée. Aujourd'hui le temps de l'enfance est dégagé, papa. Ce temps où tu te faisais mon complice en plongeant ta main dans la jarre à biscuits pour m'en donner deux en cachette, à moi qui m'étais éclipsée de la classe où l'Oeil-de-Dieu, effrayant, voyait tout.
Je m'en souviens, papa, c'était le temps où la Lumière verte, rare, brillait dans tes yeux.
Et le Temps ne me l'a pas ravie.
Et le Temps ne me l'a pas ravie.
![]() |
Isabelle Lévénez - Poussière dansant dans un rai de lumière verte





10 commentaires:
Ce texte aurait plutôt eu sa place dans mon second carnet, La Tout-Seulerie, mais j'ai choisi de le déposer ici parce que mes proches connaissent surtout La Voix..., et parce que j'ai écrit ce texte aussi pour eux.
Ce texte est magnifique.
Comme tu dis, j'accorde beaucoup d'importance aux relations humaines. Alors, évidemment, ça m'est rentré dedans.
Garder, même des relations désormais absentes, un souvenir heureux, touche mon instinct de survie.
1973 fut une belle cuvée.
Bonne route.
Venant d'une Mathilde débordante de vitalité, je reçois le compliment avec plaisir, merci.
En plus de ton appréciation, il me permet d'apporter une précision, car il semble que mon introduction induise que "32 ans" soit mon âge, alors que c'est le nombre d'années écoulées depuis la mort de mon père. La suite de mon texte ne l'aura pas rendu clairement non plus, alors je vais aller corriger cela de ce pas...
quel texte émouvant
Très beau en effet.
J'aimerais en écrire un comme celui-là sur ma mère... un jour.
Daniel
Ayant lu celui que tu avais écrit et qui était disponible sur ton ancien blog, Daniel, je crois pouvoir un peu comprendre ton désir et ne peux que souhaiter qu'il se réalise aussi rapidement que possible. Les sentiments ambivalents ou négatifs (dont nous ne sommes pas toujours les premiers responsables, loin de là) hypothèquent tellement nos vies lorsqu'ils nous habitent. Ce n'est pas aisé de leur faire face ou de trouver comment les apaiser. D'autant plus lorsqu'ils concernent une autre personne maintenant décédée.
Porte-toi bien...
Voici un très beau texte , je découvre beaucoup de chose en lisant sur ton site.Appel -moi quand tu auras une chance, un de tes proches....
Pierrot
!!!
!!!
Salut, le proche !!!
Appeler, c'est pas si simple pour moi, mais si tu pouvais m'écrire à mon adresse courriel (voir page d'accueil, section de droite), je pourrais ensuite t'écrire plus longuement.
Contente que tu aies aimé. Merci...
À Marie et l'Égrégore : mille excuses, je vous remercie de vos bons commentaires, quoique tardivement...
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