11.7.05

Qu'il survive !


"Mètre-étalon, rue de Vaugirard... (Paris)"

« — De quoi parlez-vous ?
— De ce qu'on peut écrire, jusqu'où on peut mener la prose si l'on est sérieux, si l'on a de la chance. Il y a une quatrième et une cinquième dimension que l'on peut atteindre.
— Et si un écrivain y arrive ?

— Alors plus rien ne compte. C'est plus important que tout ce qu'il peut faire. Il y a une chance pour qu'il réussisse.
— Mais c'est de la poésie que vous parlez là.
— Non. C'est beaucoup plus difficile que la poésie. C'est une prose qui n'a jamais été écrite, sans trucs et sans tricherie. Sans rien qui devienne mauvais plus tard.
— Et pourquoi n'a-t-elle été jamais écrite ?
— Parce qu'il y a trop de facteurs en jeu. D'abord il faut du talent, beaucoup de talent. Du talent comme celui qu'avait Kipling. Et puis il faut de la discipline. La discipline de Flaubert. Et puis il faut qu'il y ait une certaine conception de ce que cela peut être et une conscience absolue, aussi fixe que le mètre-étalon à Paris qui empêche la tricherie. Et puis il faut que l'écrivain soit intelligent et désintéressé et, par-dessus tout qu'il survive. Essayez de réunir tout cela en un seul être et faites-lui subir toutes les influences qui accablent un écrivain. »


Ernest Hemingway, Les vertes collines d'Afrique.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Le thème de l'écrivain semble très inspirant chez vous, pour notre plus grand plaisir! Tout cela me rejoint beaucoup, ces temps-ci.

Et pour répondre à vos questions, je reviendrai sans doute en septembre, quelque part après le camp littéraire.

Daniel

Danielle a dit...

C'est parce que je cherche à distinguer le bon grain de l'ivraie !

Blague à part, le thème de l'écrivain m'intéresse comme tout autre thème (j'ai quand même des préférences) lorsqu'il s'agit de débusquer ce qu'un mot recouvre ou ne recouvre pas. J'aime contempler la multitude des définitions possibles, ou les nuances qu'on apporte, bref je n'aime pas les mots qui figent ce qu'ils sont supposés représenter.

En fait, ce ne sont pas les mots qui figent, ce sont leurs utilisateurs. Disons que c'est ma façon de faire des exercices de souplesse et que, comme pour notre corps, c'est constamment à refaire...

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