
de la peintre Arève Nercessian
Interroge
Pénètre la terre
Écorce
Glacis sur l'écran
Fureur
Métal
Corps en travail
Veines à nu
Interroge
TraduisTraduis en langage intime
Traduis à mots ouverts
Ce fond des fonds qui sécrète la pierre d'angle
Ce noyau où persiste la cible
Ce grain sans résidu
Interroge
Relie
L'homme à ses montagnes
Fleurs géantes aux troncs solaires
s'étreignant dans la fournaise abrupte
L'homme à ses continents
Radeaux doublés d'espace
greffé sur la simple racine
L'homme aux hommes
Annexés___tant qu'ils sont
à la mort
Interroge la terre
Interroge-toi
Les sursauts de la braise
Le mouvement qui nous attelle
aux flammes___à l'onde___à nulle part
à partout
Interroge l'image
écho intarissable
L'incision des sols
Les cadences qui se précipitent
Puis le souffle qui surprend___distance
bouscule le temps
Le souffle à gorge d'oiseau
à ventre de lumière
qui transperce nos écrans
Interroge___Fais silence
Apaise en toi ce toi
Ses allées___ses venues
tissant on ne sait quel sommeil
égarant___en quels reflets___quels replis
ton chiffre
Traduis
Traduis toujours
Gagne le centre de proche en proche
Affronte ce frémissement d ela lave
Ces crevasses___ces violences verticales
Ces éclats qui délivrent et saccagent tout à la fois
Ce qui a pris nom de feu___de sables
et d'ailes profondes
Qui a nom d'insomnie___d'absence___d'avenirs
Écoute
En-deça des mots-chenilles
Des paroles-écorces
Des brindilles de l'heure
Du miroir de nos ombres
Des larmes bues à pleine bouche
Des abris qui séparent
Écoute___la turbulence
de l'arbre bâillonné
Reconnais___en tout
Le grain
La pierre première
Le cri de l'être
L'inflexible lueur
Et chante !
Chante et dis la fête
À travers plaies et nuits
Chante
Longue vie à l'homme !
Homme-forêt
Homme-cité
Alphabet sur l'infini
Oeil de la terre
Tête sonore
L'homme charriant l'astre et l'olivier
Longue vie !
Chante
L'argile et l'océan
L'humus et le vent
Longue___longue vie !
Chante
Ceux qui brûlent l'idole
Ceux qui rient des mirages
Ceux qu'embrase liberté
Chante tous ceux qui chantent
Longue longue longue vie !
Longue vie et salut !
À l'homme veillant en lui-même
À l'homme debout aux carrefours
Extrait du très beau roman (j'ai repris ce long poème, le seul, mais j'insiste pour préciser qu'il s'agit bien d'un roman) -à lire !- d'Andrée Chedid, L'autre, Flammarion, 1969 (1ère édition). Un roman dont Bernard Giraudeau a fait un film, à voir également.



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