13.7.05

Plus que simplement soi-même

« Il est vrai, comme Beckett l'a écrit à propos de Proust, que "l'homme doué d'une bonne mémoire ne se souvient de rien car il n'oublie rien". Et il est vrai que l'on doit prendre garde à distinguer entre mémoire volontaire et involontaire, comme le fait Proust tout au long du roman qu'il a consacré au passé. »

(...)

« [...] sa brusque prise de conscience de ce que même seul, dans la profonde solitude de sa chambre, il n'était pas seul, ou plus précisément que, dès l'instant où il avait tenté de parler de cette solitude, il était devenu plus que simplement lui-même. La mémoire, donc, non tant comme la résurrection d'un passé personnel, que comme une immersion dans celui des autres, c'est-à-dire l'histoire — dont nous faisons partie sans en être. Tout se trouve donc à la fois dans sa conscience, comme si chaque élément reflétait la lumière de tous les autres en même temps qu'il émet son propre rayonnement unique et intarissable. »


Paul Auster, L'Invention de la solitude, Babel, 1992. 294 pages. Extraits pages 214-215.

18 commentaires:

Anonyme a dit...

J'adore cette version de la Persistence de la mémoire. Maîtriser la mémoire ou être régi par l'atavisme ? Faisons des Lisa Simpson de nous-mêmes !
Réfléchissant sur la mémoire, j'étais arrivé l'an dernier à ce (faux !) syllogisme : je n'ai pas une bonne mémoire, donc j'écris.
Funes (ou Funès, je ne suis pas sûr), par exemple, n'écrivait pas.
Le bonjour.

Danielle a dit...

Comme vous y allez, mon cher Égrégore, et si matinalement ! "Maîtriser la mémoire ou être régi par l'atavisme ?" Il y a là sujet de thèse !

Parlant de ménoire, faudrait me rafraîchir la mienne au sujet de Lisa, bicoz je n'ai pas écouté la série de façon suffisamment suivie pour bien saisir le lien que vous faites.

Je ne connaissais pas cette version de la Persistance... jusqu'à hier, et qu'est-ce que j'ai dû bosser pour parvenir à obtenir l'adresse du fichier image ! Elle est vraiment tordante ! C'est vraiment bien vu par Groening. Dire mon étonnement, quand je suis tombée dessus ! Déroutant !

La mémoire nous forme, nous déforme ou nous informe. On compose avec elle. Surtout quand on écrit ! J'en suis à lire le mémoire qu'avait fait mon neveu, justement à propos de Dali, où il s'est penché sur la question de l'autobiographie, du pacte à établir avec ses lecteurs et avec soi-même. Où l'on voit que l'on peut donner de nouveaux sens à nos mémoires, et tenter de les maîtriser. Je dis tenter parce qu'il y a des souvenirs, des traces irréductibles. On peut composer autrement avec eux qu'on aura su le faire auparavant, mais on ne peut parvenir à les occulter, ils ne feront que ressurgir ailleurs, autrement. Sinon, on s'ampute de soi et de son histoire. Atavisme il y a lorsqu'on est subjugué par ladite mémoire (ou par de prétendus "seuls et vrais" dépositaires de son sens).

Très juste, ce bon jour ! À vous itou !

Anonyme a dit...

PeristEnce, très matinalement, en effet. Je vous écris du bureau, et vite.
Des amis à moi l'ont dans leur salon, j'en suis jaloux.
Lisa dans le tableau est le personnage qui se tient debout et nous regarde. Contrairement aux autres membres de sa famille (les montres molles) qui se trouvent le plus souvent enfermés dans leurs mécanismes, elle est lucide et tente de s'échapper des atavismes familiaux. Intello de huit ans, musicienne, elle nourrit des rêves de petite fille (avoir un poulain, la dernière Barbie, rencontrer telle vedette pop) et de grands idéaux (déjà végétarienne, et de sa propre volonté). Lucidité, prime vertu.

Danielle a dit...

Vous me dites qu'ils ont l'original ??
Salsifis !
Y a de quoi être jaloux ! Je n'ai que ma petite reproduction, depuis 20-25 ans, et celle du Bateau (la plus forte, pour moi), et je ne m'en départirais pour rien au monde.

J'apprends que Lisa est mon double... Et je reconnais publiquement que ma prime vertu est souvent entachée. ^_^ Hé hé !

Z'êtes sûr pour PersistEnce ? C'est pas in English, ça ?

Je suis en retard pour ma tournée de blogs régulière, alors j'y vais...

Anonyme a dit...

C'est ça écrire vite :
1. Je suis sûr que j'ai fait une faute avec persistance.
2. Lisa, votre double ? Je ne suis pas étonné. De toute façon, je le savais.
3. Bien sûr qu'ils ont l'original, ils ne sont pas des tout-nus.

Cela dit, bonne tournée. Et ne vous faites pas avaler par le temps.
À propos, une citation, qui me revient : « Le temps me dévore, mais de sa bouche, je tire mes histoires, de sa sédimentation mystérieuse, je tire ma semence d'éternité. »

Danielle a dit...

Eh oh je le sais que je suis une tout-nue, prenez garde !

(Ha han ! vous voilà bien pris. Pis j'vous vois venir : vous me direz que vous zossi !)

Dites, que savez-vous d'autre encore à mon sujet ??

J'm'en vas aller charcher de qui est c'te belle citation. Pardi ! on retient les jolies phrases et pâleurs zoteurs ?

Anonyme a dit...

Ça je ne savais pas que vous étiez une tout-nue (mais un égrégore, de par sa nature, sait quand même beaucoup de choses).
Pour moi, ça dépend dans quel sens et à quelle heure.
La phrase est d'Aquin, et c'est la pénultième de Neige noire.

Danielle a dit...

Pour la tout-nue, déduction simpliste, cher Watson : quand on n'a que de petites reproductions...

Mais vous prouvez ce que je savais déjà : le simplisme n'est pas votre fait.

Merci pour Aquin, j'avais pu le trouver sur le site de M-F Bazzo, où un auditeur avait proposé Neige noire pour la bibliothèque du XXIe siècle. Faudrait que j'y vois pour la mienne.

Si je ne tenais pas de blog, je lirais peut-être plussse ?

Anonyme a dit...

Vous qui semblez avoir de nombreuses et variées lectures, il vous faudra dès maintenant vous rhabiller, sortir, courir à la première librairie (si c'est un Renaud-Bray, essayez la suivante) et vous achetez ce roman que j'aime beaucoup (il figure en bonne place dans le top 5 Roger-Gregor). Ensuite, revenez chez-vous tranquillement, en chemin payez-vous une bonne crème molle (faites attention de ne pas salir votre livre tout neuf !), rendu dans votre home (souvenir d'Odette), déshabiller, étendez-vous dans votre hamac (si vous en avez un, moi j'aimerais en avoir un, même si je ne saurais où le mettre) et commencez à lire. Les premières pages décrivent une belle chaleur montréalaise comme celle que vous vivez ces temps-ci et où la sueur perle sur le corps des personnages. c'est chouette, mais après ce l'est moins. voilà, c'est fait, j'ai le goût de le relire.

Anonyme a dit...

Désolé pour les coquilles. La journée achève.

Danielle a dit...

Mon cher RG (un Riki belge, Milou, t'as vu ?), sachez qu'en vraie tout-nue que je suis, ce n'est point à la librairie que je cours, mais à la bibliothèque municipale. Au fait, non, je ne cours pas non plus, mais comme je dois y passer ce soir ou demain... (Et Ducharme n'a pas à craindre la compétition, j'ai de la place)

C'est indiscret de demander quelles sont les autres oeuvres figurant dans votre TOP-5 ? Je serais bien en peine de n'en dégager que 5, mais c'est peut-être à cause de mon âge. J'aurais l'impression de renier celles qui ont marqué les différents temps de ma vie. Je peux toutefois prédire un peu l'avenir en disant que Nietzsche en sera...

Anonyme a dit...

Ouf ! Le top 5 était une manière de parler. Mais vu que je n'ai pas lu tant que ça, je peux vous donner quelques titres dans le désordre :
1. Aquin en général, spécialement NN et Prochain épisode.
2. L'hiver de force.
3. Borges en général.
4. Flaubert en général.
5. Regards et jeux dans l'espace.
6. Camus en général, plus spécialement L'étranger.
7. Mallarmé en général (surprise ?)
8. Cent ans de solitude.
9. Voyage en Irlande avec un parapluie et Le pont de Londres.
10. Les amateurs de sentiments d'Yves Boivert (découverte récente).
11. La Recherche.
12. Les vagues de V.Woolf (j'ai perdu mon exemple samedi dernier, si on le retrouve, me le rendre, avec le manteau qui était autour !).
13. Zarathoustra (bientôt je lirai les Fragments posthumes sur l'éternel retour).
14. Je m'enneuie de Michèle Vilory (coup de coeur RG récent).
15. Ceux que j'ai oubliés.
En voilà 15, et je vous retourne la question.

Danielle a dit...

Ça me pose toujours problème, de telles questions. Il y a tant d'arbitraire qui entre en ligne de compte.

Je me suis déjà un peu prêtée à ce "jeu" ici en dressant une -trop brève- liste dans mon profil et en réponse au questionnaire de Proust. Faudrait que je pousse ma réflexion jusqu'au bout et l'écrive éventuellement.

Ou alors, il faudrait circonscrire plus précisément la question ? Vos auteurs ou vos livres préférés ACTUELLEMENT. Ou ceux que vous avez relus plusieurs fois ? Ceux qui vous auraient le plus marqués ? Ou, qui rangeriez-vous dans ce qui est considéré de la "grande littérature" ?

Ce serait toujours là d'arbitraires choix. L'auteur ou le livre qui me touchera le plus aujourd'hui n'est pas systématiquement plus important ou meilleur que celui qui m'aura marqué il y a 20 ans.

Pardon, c'est peut-être frustrant comme réponse, mais je ne saurais faire mieux pour l'instant.

Quoi qu'il en soit, un beau bonjour chez vous !

Anonyme a dit...

Un beau bonjour à vous aussi, chère carpe volubile !
Disons, quelques auteurs ou livres qui vous ou marquée dans les quelques dernières années (ou, si vous préférez, dans les derniers douze mois), toute littérature confondue (grande, extra-large, moyenne, petite para-, péri-, under et post-quelque chose). J'ai consulté votre profil et je vais de ce pas retrouver vos réponses au questionnaire.
*
Des oubliés d'hier :
15.1 Anne Hébert
15.2 Mistral (Vautour)
15.3 Des anges mineurs de Volodine
15.4 Kafka !

Anonyme a dit...

J'ajouterai : mais je ne vous tords pas le bras. Je pourrai bien le découvrir au fil du temps.
Il semble y avoir un petit problème avec votre site, je ne peux voir que la première question. J'essaierai une autre fois. À bientôt !

Anonyme a dit...

Votre curiosité ne me fait nullement l'impression d'un tordage de bras, mon cher.

Pour mes réponses à Proust, c'est ici. Ça s'affiche sans problèmes, à ce qu'il m'a semblé.

Si je devais dresser un palmarès, il ne serait pas très orthodoxe, car il ne serait pas composé que de livres. Ainsi, pour les 18 derniers mois, et dans le désordre, parce que c'est l'ordre dans lequel je vis...

— (de lui, je pourrais bien dire qu'il est mon numéro UN), le sublime Nicolas de Staël : sa peinture (que je commence à peine à déchiffrer), ses mots, les livres écrits à son propos;

— radio France Culture, où je peux (entendre) lire le Monde presque entier;

— certaines émissions sur la 1ère Chaîne radio-canadienne;

— les blogs, carnets ou sites web, appelez-les comme vous voulez. Pour me tenir au courant de l'Actualité, parce que trop peu de médias le font encore bien. L'Actualité ne se réduisant pas, comme vous savez, à ce temps aplati par le consumérisme ambiant, le divertissement, l'humorisme, ou encore le human interest où le coeur est à côté de la plaque. Par exemple, pour moi, Ad Usum Delphinorum et le Carnet de Zénon sont très actuels. Mais allez plutôt consultez toute ma liste de liens. Et il en manque encore trop, faut que j'y vois;

— Yves Bonnefoy, Henry Bauchau, Erri De Luca, J.-B. Pontalis, et tous ceux cités dans ce carnet-ci. Parfois, ce ne sont que des extraits relus, mais relus avec une attention et une délectation que la retranscription à elle seule a décuplé;

— ma vie, et la vie, que ce temps de suspension dû à la maladie m'a permis de réviser partiellement et de relire autrement;

— j'en oublie sûrement...

Bon matin !

Anonyme a dit...

Chère Carpe, je vous remercie d'avoir si gracieusement satisfait ma curiosité. J'ai réussi à voir vos réponses au questionnaire et j'ai passé une partie de la matinée à y répondre moi aussi. Je recommencerai dans cinq ans, pour voir.


Questionnaire Proust (16 juillet 2005)


1. Le bonheur parfait selon vous ?

La conjonction de « bonheur » et de « parfait » me laisse perplexe. Allons-y avec des approximations.

Un objet : Une hanche nue.

Un état : Vous savez l’espèce d’état un peu euphorique, harmonique où l’on se trouve quand on a beaucoup bu la veille, qu’on n’a pas été malade et qu’on a bu suffisamment d’eau avant d’aller au lit ? Le même état donc, sans apport d’alcool préalable.

Un lieu : À peu près n’importe où, dans la nuit silencieuse.

2. Qu'est-ce qui vous fait lever le matin ?

La plupart du temps, les besoins naturels.

3. La dernière fois que vous avez explosé de rire ?

Je ne me rappelle pas, mais ça devait être vraiment très drôle.

4. Quel est votre trait de caractère principal ?

Le scepticisme (encore que…). L’empathie serait peut-être plus juste.

5. Votre principal défaut ?

La naïveté. (Voir réponse précédente.)

6. À quelle figure historique vous identifiez-vous le plus ?

Bucéphale ?
Mallarmé.

7. Quels sont vos héros, aujourd'hui ?

Les gens intègres. Profondément intègres.

8. Votre héroïne de fiction ?

Emma Bovary, la reine du kitsch ?
Je ne sais vraiment pas, et je serais bien embêté aussi de nommer « mes » héros de fiction.
L’intelligence du narrateur qui se déploie ?

9. Votre voyage préféré ?

(Comme si on avait les moyens de voyager !) Chez des amis.

10. Quelle est la qualité que vous préférez chez un homme ?

La lucidité.

11. Et chez une femme ?

L’indépendance. (Votre réponse, chère Carpe, était des plus pertinentes.)

12. Vos écrivains préférés ?

Aquin, Borges, Camus, Kafka, Proust (ha !). Je m’arrêterai là.

13. Vos compositeurs préférés ?

Je dois avouer ici un trou de ma culture assez large et désolant. Disons Mahler.

14. La chanson que vous sifflez sous la douche ?

Il y en a à peu très toujours une, et elle varie. Et je ne les siffle pas, je les chantonne. Et quand je me tais pas, c’est le chant de mes divers chantiers d’écriture que j’entends, et qui, accompagné du son de l’eau, me fait advenir quelques bonnes (enfin, sur le coup) idées que je m’empresse d’annoter sitôt sorti et encore dégoulinant. Un blocage ? à la douche ! (Mais non, ce n’est pas écolo.)

15. Votre livre culte ?

Neige noire, mais ce n’est pas un culte.

16. Quel est le classique de la littérature qui vous tombe des mains ?

Récemment, La mort de Virgile d’Hermann Broch. Je m’y resserrai plus tard.

17. Votre film culte ?

Comme à peu près tout le monde, j’aime beaucoup le cinéma, mais je serais bien embêté de choisir un film. Reposez-moi la question dans dix ans.

18. Vos peintres préférés ?

Ces temps-ci, Magritte.

19. Quel fut votre premier choc esthétique ?

Quand je me suis rendu compte que j’écrivais comme un pied !

20. Votre boisson préférée ?

De la (bonne) bière.

21. Quels sont les lieux communs qui vous agacent ?

Ceux qu’on prend pour de la poésie, de la profondeur. Et le discours des « nouveaux maître du monde » (Jean Ziegler).

22. Que considérez-vous comme votre plus grande réussite ?

Ma maturation (Ripeness is all, disait William). Mais c’est moins une réussite qu’un processus.

23. Votre plus vif regret ?

Il faut choisir ?

24. Quel talent voudriez-vous avoir ?

La musique.

25. Votre chef-d'œuvre inconnu ?

J’y travaille encore, attendez un peu.

26. Votre plus grande déception ?

« Les amitiés déçues, les amours sans issues » (Jean Leloup). (Voir réponse 5.)

27. Votre devise ?

Attendez que j’y pense.

28. Comment aimeriez-vous mourir ?

Vous me faites peur.

29. Quel serait votre épitaphe ?

Voir réponse précédente.

30. Si vous rencontriez Dieu, qu'aimeriez-vous qu'il vous dise ?

Alors, cette vaste blague, elle était bonne ?

Danielle a dit...

Ah ! c'est chouette, ça, de vous y être prêté à votre tour ! Des réponses intéressantes souvent rendues dans de belles formulations. Merci !

Il y a quelques auteurs ou livres, soit dans votre top 15 ou dans vos dernières réponses, que j'ai soit déjà lus -et appréciés- soit ils sont inscrits sur ma longue liste des "must be read". Une lecture que j'aimerais mentionner toutefois, "Le Torrent" d'Anne Hébert, lu autour de mes 14-15 ans, un texte extrêmement fort dont le souvenir restera gravé en moi à tout jamais. Tiens, ça me donne envie de le relire...