22.9.05

La silhouette du vent


Par PIERRE LE PREUX

LE CHEVALIER D'ÉTRANGES PAROLES

Psaume
Il vient désarmé comme la forêt et comme le nuage ne peut être refoulé. Hier il portait un continent et déplaçait la mer.

Il dessine le revers du jour, façonne le jour de ses pieds et emprunte les bottes de la nuit, puis il attend ce qui ne viendra pas. Il est la physique des choses — il les connaît et leur donne des noms qu'il ne divulgue pas. Il est le réel et son contraire, la vie et ce qui n'est pas elle.

Il vit là où les pierres deviennent lac et l'ombre ville. Il vit et leurre le désespoir, effaçant la marge de l'espérance, dansant pour que baîlle le sol et dorment les arbres.

Le voici annonçant l'entrecroisement des extrêmes, gravant sur le front de notre temps le signe de la magie.

Il remplit la vie et personne ne le voit. Il change la vie en écume qui le submerge. Il transforme le lendemain en gibier et le pourchasse désespérément. Gravée, ces paroles se tournent vers l'errance, l'errance, l'errance...

L'incertitude est sa patrie mais ses yeux sont innombrables.

Il terrorise et réanime. Il sécrète le drame et déborde d'ironie. Il décortique l'homme comme un oignon.

Il est le vent qui ne bat pas en retraite et l'eau qui ne remonte pas à sa source. Il crée son espèce à partir de lui-même — il n'a pas d'ancêtres et ses racines sont dans ses pas.

Il marche dans l'abîme et a la silhouette du vent.



Adonis, Chants de Mihyar le Damascène, précédés de l'Espace d'Adonis par Eugène Guillevic, La Bibliothèque arabe, Littératures Sindbad, 1995. 207 pages.

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