2.9.05

Quel oiseau naît ?

« Entre toutes terres,
le centre, la maison
plus au centre,
le jardin : sillons
que tu râcles,
bêches de l'âme
tirant vers toi
le soleil
les eaux de pluies
sur les pétales
à peine apparus.
Au coeur de ce monde
la chair noircie
du nom,
théâtre des choses
que tu livres
aux vents.

Quel oiseau naît
de l'oiseau blessé ? Tu refais ta demeure
chaque jour, on imagine le sol
sous la main, l'arbre haut des saisons
le ciel planté dans la fenêtre, le geste superbe. »

« Ici l'escalier d'où monte
et redescend l'histoire, en ce détail
que tu incarnes. Des mots poussés
derrière le silence. Peu importe
l'espace qui te laisse à toi-même
— et flotte entre ces murs, le craquement des objets —
tu vois la fenêtre, là remue le monde
un vent d'aube, et les notes du piano
lentement tournoient.
Tu poses le pied, c'est la mer
qui te dénoue. Tu oublies presque la plaie
la pierre gisante, sur le fil de la mémoire.
Depuis des années, tu regardes les branches
comme des racines, qui s'approchent enfin. »



Deux extraits de : Ravir les lieux, de Hélène Dorion.

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