6.9.05

Le plus terrible des devoirs


« La liberté n'est pas un mot, mais un cri des profondeurs. Elle n'est pas une idée, elle existe, et par conséquent, naît, vit et meurt. Avant de la définir, il faut donc la peindre. »

« La conscience est originellement mystifiée, au lieu de dire je elle devrait dire on. C'est pourquoi le premier acte de l'esprit est de se saisir lui-même, d'être le premier objet de sa mise en question. Alors toute voix se tait quand son silence s'élève, comme sa voix quand tout se tait en nous.

[...] Cet esprit ne se manifeste que dans un homme. Sa présence invisible n'est jamais révélée qu'au regard qui plonge en un regard, sa voix n'a jamais retenti qu'au coeur du silence que chacun porte en soi. L'unique issue qui puisse s'ouvrir dans le mur de la condition humaine, nous la chercherions en vain autour de nous, elle est en nous. Mais qui la franchit découvre une immensité, marche vers quelque Saint des Saints de lumière. Quiconque tourne le dos au monde pousse la porte la plus étroite qui soit, l'ouvre sur le large de la liberté. »

« L'homme mûr ne croît plus; et c'est cette défaite qu'il prend généralement pour la maturité. S'il parle d'expérience ou de sagesse, il ne s'agit plus de celles qui pourraient armer sa liberté, mais de celles qui justifient son renoncement. À trente ans ou à vingt, la plupart des hommes cessent de grandir parce que cette croissance arrachée à une nécessité plus pesante devient chaque jour plus terrible; ceci au moment où, n'étant plus physique, leur développement pourrait devenir spirituel. »

« Il n'y a de liberté qu'éprouvée. La vraie, celle qui se vit dans l'esprit et l'acte de quelqu'un n'est pas le droit naturel que l'individu revendique, mais le plus terrible des devoirs : celui qui fait violence à la nature parce qu'il est pure exigence de l'esprit. »


Bernard Charbonneau, Je fus, Essai sur la liberté. Opales, 2000.

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