
Voici que les mots de Nicolas de Staël me deviennent aussi essentiels que sa peinture. J'en avais d'ailleurs tapissé deux pleins petits cahiers lors de ma lecture de sa biographie faite par Laurent Greilsammer. Peut-être ai-je trouvé le mot pour m'instruire de ce phénomène composé à la fois de faim et de fascination à son égard. Dans son Introduction au petit ouvrage LETTRES. Nicolas de Staël, Pierre Daix relate ce que qu'André Chastel écrivit à propos de celles-ci : « c'est Staël à l'état pur [...] dans ses conflits, ses professions de foi, ses violences, ses hésitations et ce qu'on eût nommé à la Renaissance, sa terribilità ». Mais, la terribilità, qu'est-ce donc ?
Parmi les 167 entrées recensées via une recherche en français sur Google, avec pour seul élément le terme en question, il ne s'en est trouvé que deux à être éclairantes. La première surtout, qui nous révèle que Michel-Ange se réclamait lui-même de cette terribilità, une mélancolie irrépressible dont Baudelaire aurait été « l’un des rares à comprendre qu’elle ne provenait pas d’une désespérance chronique, c’est-à-dire de l’accumulation de déceptions anecdotiques. C’était bien plutôt l’inverse qui était vrai : les échecs affectifs de Michel-Ange n’étaient que les conséquences de son inaptitude radicale à se satisfaire du monde. » Et toc ! Autant pour moi.
On y dit encore : « Baudelaire reconnut bien vite en Michel-Ange un frère, lui aussi bâtard de l’absolu : un homme venu d’ailleurs, ce qui ne veut pas dire de l’Au-delà, mais seulement de ce mystère qui rayonne au cœur même de la présence des choses, ici-bas. Insatiable, possédé comme lui « d’un infini que j’aime et n’ai jamais connu », Michel-Ange n’accepta jamais de ne pas être réellement ce qu’il était vraiment. Le temps pouvait bien le détruire, la mort le mettre en état de siège, rien ne pourrait jamais effacer cette nostalgie tenace qui rendait l’éternel aussi certain que la fragilité de sa propre existence. La légende d’un Michel-Ange possédé par la rage de l’Infini naquit lentement : elle n’est pas tout à fait fausse. » Bâtarde de l'absolu, je suis également, je peux le dire... Eh bien ! je ne m'attendais à configurer mon portrait de ses grandes lignes ce soir ! (notez que j'écris ce billet et commente au fur et à mesure ce que je relève de mes lectures)
Toutefois, si je me différencie aujourd'hui de Michel-Ange — oui, depuis toujours de son talent, c'est une évidence superflue à souligner — vis-à-vis de cette rage de l'Infini, ce ne fut pas toujours le cas. Oh j'en éprouve encore parfois, mais maintenant il s'agira le plus souvent d'une douce mélancolie et d'une soif inextinguible qui m'anime et parfois... me réanime.

Les mots suivants me paraissent illustrer de très juste façon ce qui se joue en soi, chez ceux marqués — à divers degrés — de cette terribilità : « Chez lui, tout est chair et rien ne l’est, tout est fini et tout relève de l’infini ; et cette fêlure ravage tout ce qu’il fait, tout ce qu’il est. » Je pense que cela s'applique parfaitement à Staël, à la suite de Michel-Ange et de Baudelaire, et j'oserai affirmer appartenir moi-même à cette famille de géants-là, et cela non par un quelconque talent, mais par une nature analogue, aussi minuscule puis-je être, à leurs côtés.
Il me faudra tâcher de mettre la main sur ce livre auquel réfèrent toutes ces citations, Vie de Michel-Ange dont il est dit que la biographie de Condivi [son élève et aussi son confident] qui l'écrivit sous haute surveillance reste la source la plus sûre et la plus vivante de toutes les tentatives ultérieures ». Léonard de Vinci paraît y être largement évoqué, qui aurait également été un être empreint de cette terribilità. Voyez, pour conclure en Beauté : « La pulvérisation de la lumière dont Vinci fait la règle de toute sa peinture a sa correspondance dans la pulvérisation de toute individualité : il n’y a rien d’autre que l’Être, et l’Être est foisonnement aveugle de Soi. »
Ah ! j'oubliais la seconde entrée trouvée sur Google ! Allez-y la lire, elle raconte une scène qui se serait produite en juin 1510, entre Jules II et Michel-Ange. Ce à quoi peuvent se trouver confronté deux êtres ayant la terribilità. Vous reviendrez ensuite me dire quels arrangements sont possibles, sans les ducats de Jules ??



4 commentaires:
Hébé... J'en apprends aujourd'hui ! Entre Es Carpée et procrastin, Michel-Ange et l'hyménoptère... Me voilà tout bien mis pour la vie mondaine de ce week end de pluie. Ca va chier dans les dîners en ville. Tu es prêt mon bon ?
- Pompilides patron.
- Terribilita Fernand.
Nous sommes prêts.
Pou pou pi dou !
J'vous fais mon imitation de Betty-Boop, Hrundi. On va dîner ?
pompompidou ? Allez j'vous la fais cinquième république avec sourcils épais qui font peur. On va se coucher ?
Ah quelle maestria ! La peur comme aphrodisiaque, ce qu'il y a de mieux...
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