
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.
Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.
Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.
Stéphane Mallarmé



5 commentaires:
C'est le poème de Mallarmé qui me fascine le plus, que je connais par coeur, que j'ai essayé d'intégrer à des poèmes (dont un à lire chez moi, prochainement), à une prose sur l'insomnie, etc.
Je crois qu'on pourrait tout brûler (comme l'écrivait le poète à sa femme et sa fille, peu avant sa mort : « il n'y pas là d'héritage littéraire, mes pauvres enfants ») hors ce poème, tout brûler, dis-je, ce fichu sonnet en -yx, surtout les notes en vue du Livre (dont parle en fait la lettre citée plus haut), même les beaux passage du Tombeau d'Anatole, hors ce sonnet. Je parle pour moi bien entendu.
j'adore ce poème
merci de me le rappeler
Seriez-vous les deux cygnes noirs qui me sont apparus en songe il y a deux nuits ?
Je m'accroche à votre col et vous lis...
(Merci d'avoir parlé pour vous d'une bien belle parole, Égrégore, c'est passionnant, la passion.)
C'est un bien charmant nom que vous me donnez là.
Un cygne noir ? sans doute, vu mon humeur ces temps-ci.
Je les préfère noirs, moi, les cygnes. Et ne les apparente en rien à de sombres présages. Marie et vous, chacun à votre manière, rendez possible pour moi des envols qui, autrement, m'auraient échappés.
Les mots de l'Égrégore sont plus rares, mais je les trouve porteurs.
Quant aux humeurs, salsifis ! vous n'êtes donc pas épargné vous non plus ? On dirait parfois qu'une chape de plomb nous obscurcit le bleu du ciel, hein ! Faut tendre l'oreille dans l'attente du chant des oiseaux...
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