15.9.05

Cerfs et tortues

« L'un
des
anciens
de
la
ville
prit
la
parole :
Éclairez-nous
sur
le
Bien
et
le
Mal.
Il
répondit :


Du bien en vous, je puis parler, mais non du mal.
Car qu'est-ce que le mal sinon du bien torturé par sa propre faim et sa soif ?
Vraiment, lorsqu'il a faim, le bien cherche sa subsistance jusque dans les grottes sombres et quand il a soif, il boit même aux eaux mortes.

Vous êtes bons sitôt que vous êtes en accord avec vous.
Ce qui ne veut pas dire que vous soyez mauvais quand vous n'êtes pas en accord avec vous.
Car une maison divisée n'est pas un repaire de voleurs, rien qu'une maison divisée.
Et un bateau sans gouvernail peut errer sans but parmi les îles périlleuses sans sombrer jusqu'au fond.
Vous êtes bons quand vous vous efforcez de donner de vous-mêmes.
Ce n'est pas être mauvais, toutefois, que de chercher son propre intérêt.
Car en désirant votre intérêt, vous n'êtes qu'une racine qui s'accroche à la terre et en tète le sein.
Car le fruit ne saurait dire à la racine : « Ressemble-moi, mûr et plein, donnant toujours de mon abondance. »
Pour le fruit, donner est un besoin, de même que recevoir pour la racine.

Vous êtes bon quand vous êtes tout à fait conscients dans vos propos.
Ce n'est pas être mauvais, cependant, que de dormir pendant que votre langue trébuche sans but.
Et des propos incohérents renforceront peut-être une langue affaiblie.

Vous êtes bons quand vous marchez d'un pas ferme vers votre but, à pas hardis.
Vous n'êtes pas méchants, malgré tout, si vous vous y rendez en boitant.
Les boiteux eux-mêmes ne vont pas à reculons.
Mais vous qui êtes forts et rapides, veillez à ne pas boiter devant les boiteux, en croyant vous montrer gentils.

Vous êtes bons de mille façons, et point mauvais quand vous n'êtes pas bons.
Seulement hésitants et indolents. Dommage que les cerfs ne puissent enseigner la vitesse aux tortues.

Votre bonté résulte du désir de trouver votre soi géant : ce désir vous habite tout entier.
Chez certains d'entre vous il devient un torrent qui se rue puissamment vers la mer, emportant les secrets des collines et les chansons de la forêt.
Chez d'autres, c'est un courant plat qui se perd dans des angles, des coudes, s'attarde avant l'estuaire.
Mais que celui qui désire ardemment n'aille pas dire à celui qui désire peu : « Comment se fait-il que tu tardes et temporises ? »
Car le vraiment bon ne demande pas au nu : « Où est ton habit ? » Ni au sans-logis : « Qu'est-il arrivé à ta maison ? »


Khalil Gibran, Le prophète.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Remous se contrepète en Room. L'envers du bien ou du mal. Allez, retourne dans le Foroum.

Danielle a dit...

Les Morues se la pètent dans le Foroum ? Versant du bien et du mal ? Allez contre et tourner...