5.9.05

je suis quelqu'un qui apprend

Premier poème de la soixantaine

quelques milliers de gestes inaccomplis
me forcent à penser clair que je suis partout
fait de ceci tout cela que je n'ai pas fait
mais je sais que je ne suis pas le seul

je ne suis pas un ami fidèle
je ne donne jamais de nouvelles
et je poursuis bien peu de rencontres
mais je sais que je ne suis pas le seul


et je sens toujours que je suis pour les autres
tout à fait autre que ce que je suis pour moi
le mystère de l'ego m'est bien opaque
et je ne m'intéresse qu'en devenir

et puis je ne suis jamais qu'en train de faire
le moi pour moi est vraiment trop petit
comme l'a déjà chanté Maïakovski
vraiment le moi pour moi c'est le sommeil

je crois que je suis moi quand je dors
éveillé je suis seulement en train de devenir
éveillé je deviens et ce que je deviens
ne veux pas intervenir et me laisse devenir

sans jamais vouloir savoir qui je suis
c'est inutile je le suis quand je dors
je suis quelqu'un qui ne m'intéresse
pas tant que ça mais qui me passionne

en tant qu'apprenti en train d'apprendre
la musique le piano la poésie la philosophie
et la cuisine je suis quelqu'un qui apprend
qui est toujours tout à fait heureux quand je lis

car dans mes circonstances c'est ici (je suis
casanier) que je voyage et forme ma vieillesse
qui apprend qui apprend à vivre
et je sais que je ne suis pas le seul



Michel Garneau, Une corde de bran de scie. Lanctôt, 2002.

3 commentaires:

Anonyme a dit...

Magnifique!

Modeste commentaire, mais plaisir intense...

Danielle a dit...

Je suis bien d'accord avec toi. Un poème serein, clair. Une somme d'expériences épurée. Qui apaise soif et faim.

Je l'ai relevé d'une revue, mais je souhaite ardemment lire le recueil.

Anonyme a dit...

Pas mieux que Daniel. Fernand, viens voir un peu ici. Lis ça.