30.9.05

Soupir-à-trappes

~ ~ ~ Soupir-à-trappes ~ ~ ~


la main invisible repose sur un lion invisible
le lion flotte dans une chambre invisible
parfaitement subitement invisible
l'air de cette chambre est un couteau invisible
insensiblement respiré par le lion essentiellement invisible
pour le couteau invisible
la main c'est qu'un face-à-main à peine visible

mais c'est lui le couteau qui est naïvement
doucement nettement invisible
car le face-à-main n'est que la surface de la main
la surface miroitante et sensible
de l'eau d'un lac
de l'au-delà d'un lac somnolent
et absent et facile et passivement invisible
passivement invisible la main invisible
prend le couteau passivement substantiel
et l'enfonce l'enfonce l'enfonce
profondément
dans l'eau follement invisible
particulièrement invisible silencieusement invisible
de ta peau simultanément nuage
nuage sable
visible méconnaissable indivisible
invisible sable nuage sable sable
méconnaissable



Poème in Le principe d'incertitude, de :
Ghérasim Luca, Héros-Limite (suivi de) Le Chant de la carpe (et de) Paralipomènes. Poésie/Gallimard, 2001. 315 pages,


2 commentaires:

max cat a dit...

«Je n’ai plus qu’un corps transparent à l’intérieur duquel des colombes transparentes se jettent sur un poignard transparent tenu par une main transparente.»

André BRETON, La forêt dans la hache (in Le revolver à cheveux blancs)

Danielle a dit...

Mmm... L'un aurait copié l'autre ?

Comment diable expliquer que je n'aie pas encore entrepris de lire Breton ?? Peut-être parce que je trouve à vous lire...?

Merci pour cet extrait. D'ailleurs, il y a longtemps que j'ai le coco pour posséder ce revolver.

Le lancement de votre livre est pour bientôt, n'est-ce pas ?