
Le Chant d'Orphée
au jardin des lumières au pays du miroir des apparences
Luc Archambault, 1995
En 1926, Marina Tsvétaïéva écrivait à Rilke (lettre n° 15) :
« Chanter, c'est être. Être-là. Celui qui ne chante pas n'est pas encore là, est encore à venir ! »
Rilke avait, pour sa part, déjà écrit ses Sonnets à Orphée, dont voici la 1ère partie du 3e :
Un dieu a ce pouvoir.
Mais un homme,
dis-moi comment le suivrait-il par son étroite lyre ?
Son esprit est discorde.
Où deux cœurs ont leurs routes,
nul temple à leur intersection pour Apollon.
Le chant tel qu'enseigné par toi n'est pas désir,
pas quête d'un encore et d'un enfin atteint;
Le chant est existence*.
Au dieu rien de plus simple.
Mais nous, quand sommes-nous ?
Et quand par lui notre être est-il visée et but
de la terre et des astres ?
Que tu aimes, jeune homme, est loin d'être cela,
quand ta voix forcerait ta bouche - et tu chantais,
apprends à l'oublier.
C'est chose passagère.
Chanter en vérité est un tout autre souffle.
Un souffle pour rien.
Un vol dans le dieu.
Un vent.
Sonnets à Orphée, 1922
Rainer Maria RILKE
(1875-1926)



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