10.6.05

L'aube

Farid Belkahia, Main, 1980

l'aube

écoutez
ne serait-ce qu'une fois
le chant d'une source dans nos veines
le chant de l'étoile semée dans l'argile

écoutez
le torrent du ciel qui annule l'oubli
la main qui avance
et fait don d'un quartier de lune

écoutez
le coeur de Ghassane Kanafani
une moitié d'orange
un coeur étonnant
un livre
où l'espoir est une gazelle
une femme assise
dans l'aube éclatée

ce corps porte en lui
monts et dunes
une romance et quelque parfum
un désert vert
et un poème qui chante
un rocher migrateur à l'ombre de l'olivier

écoutez la légende
racontée par la vieille jument la mort
elle
a fait
elle
a corrompu le soleil
qui nous donne la cécité fatale
mais nos yeux
sont de la nuit
et de l'aube teinte de douleur
la blessure est ailleurs
dans la nudité de la solitude
dans les noces avec la mort
écoutez
le chant de l'oiseau égaré
entre l'exil et les sables
écoutez
le désert se retirer de vos rêves
les journaux
des représailles
des corps dynamités
la haine veille
elle vous serre la poitrine
la nuit désespérée
se couche dans vos yeux
le jour démembré
se replie dans l'écume souveraine

l'oubli
se lèvera avec le soleil

il a plu ce matin de la cendre
sur la ville de Munich



Tahar Ben Jelloun, Les amandiers sont morts de leurs blessures, Maspero/La découverte, 1976. 265 pages.


(en cliquant sur l'image, vous parvenez au site d'où elle provient)

2 commentaires:

Beo a dit...

On dirait les lignes de ma main gauche....

Danielle a dit...

N'ayant pu trouver "Aube", l'oeuvre de Belkahia mise en page couverture du recueil de Ben Jelloun, j'ai choisi cette représentation d'une main aux dessins magnifiques faits au henné, usage répandu dans les pays arabes. Tradition reprise, par exemple, lors d'un mariage.

La poésie de TJB dans ce recueil est pour moi un feu dévorant. La tristesse, c'est qu'il y évoque la Palestine, et l'on constate que ça a peu changé depuis sa parution en 1976. Mais la poésie de TJB est intemporelle, elle déborde la question palestinienne qui, pour aussi réelle qu'elle soit, symbolise des enjeux extrêmement complexes.