27.6.05

La liberté d'être "avec"

Éruption du Vésuve,
Pierre-Jacques Volaire
Je reviens tout juste de voyage. Un voyage en terres De Lucaciennes. Vous ne me saviez pas partie ? Il est vrai que j'en avais à peine effleuré l'opportunité, auparavant. Ah ! ces Italiens ! En tout cas, De Luca a beau dire qu'il "fait l'écrivain" — les "vrais" sachant, eux, écrire autre chose que ce qu’ils ont vécu —, il sait métamorphoser les faits de son existence d'une manière unique, en nous en rendant le corps par sa force singulière et volcanique.

Dans son recueil Le contraire de un, ce Napolitain, ancien militant d'extrême gauche, vient nous tirer de notre cécité en pulvérisant le vulgaire si commun à notre époque. Mieux, il nous réanime en nous injectant du sang neuf et bien oxygéné, celui des battants. « Nous ne libérons pas des territoires, nous prenons seulement la liberté d'être contre tous les pouvoirs constitués. »

Parmi ses vingt textes, certains chantent la complainte de l'amour perdu, trahi ou manqué. Ou ses moments de grâce : « J'ai aimé et connu les corps échauffés et pris dans l'enlacement, mais ton geste est un petit drapeau planté sur un sommet en plein vent, là où l'on ne peut monter vers une plus grande intimité, où celle qu'on a atteinte est inhabitable. ». Ce n'est pas là le seul sommet qu'aura connu notre homme. L'alpiniste aguerri qu'est De Luca éveille en nous de délicieux vertiges dans ses ascensions, les nuages qu'il traverse n'étant en rien cause de nos moiteurs.

Il y a aussi des nouvelles aux airs de casa, où « se trouve l'aquarelle nocturne des laves incendiaires, la mer éclairée au sang. ». Naples brûle-t-il ?
« Vésuve, tremblement, solfatare, le sol, ce ventriloque, fait suinter en surface, la mixture constipée de ses viscères. ». La mort aura dévoilé de ses nombreux visages à Erri l'enfant, à Erri l'adulte. Il ne baissera pourtant les yeux que pour faire une révérence aux femmes.

Ce recueil, j'ai dû le lire à petites doses. Tant de réel condensé et tant de battements de coeur ! La « Mamm'Emilia », le « pouce arlequin » du père, le prêtre, les soeurs, les compagnons de lutte et les compagnons de travail, les désirs — fussent-ils amoureux ou pas — et leur accomplissement : « Nous sommes deux, le contraire de un et de sa solitude suffisante. ». L'une ou l'autre des narrations, en trois, cinq ou dix pages, nous tatoue le coeur. Et l'on ne s'y refuse pas. Ce livre là n'est pas un palliatif contre le vide, il est un chemin qui mène vers les autres. Ceux rencontrés par De Luca, et... peut-être les nôtres ?


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