19.6.05

j'aime j'aime

Les Trois Grâces, Botticelli
(détail du Printemps)
« ...j'aime la vie qui continue sans moi, j'aime la vague qui passe et saute par-dessus moi, j'aime, j'appuie sur le verbe aimer, fais-moi sortir du côté sale, je suis prêt, je n'ai plus ni urine ni selles, je suis un poids égoutté, au nu, au net, déchargé de fautes. Se mourir, je crois, n'est pas une condamnation, mourir c'est être absous. Avec toute la colère de la fièvre, moi j'aime, j'aime l'oreiller trempé de mon odeur, j'aime le moustiquaire qui fait un cocon de mon corps de larve, j'aime j'aime. »
Fièvres de février, in Le contraire de un, Erri De Luca


En nous, il y a des mers et des déserts. Des îles, des montagnes, et des abîmes. Comment dire la simultanéité de la vie/la mort en présence ? le bonheur de la déferlante qui vient mouiller au coeur et l'effritement du sol se dérobant sous ses pas ?

« ...j'aime la vie qui continue [même] sans moi »,
j'aime la vie qui continue.
Tant qu'il y aura du vivant.

Ainsi ai-je vécu cette semaine. La maladie plus ra[va]geuse qu'à l'habitude, et des marées hautes en émotions heureuses. Fratres gratia : un réveillon de Noël hors saison, un festival en musiques, et une invitation à approcher l'Incomparable en Solitude. Une fraternité dans les retrouvailles, les départs, et les allées et venues ici et ailleurs.

Aujourd'hui, « ...parce que le verbe aimer m'avait retourné [e], me redonnant la vie, pas la même, mais celle prise à quelqu'un d'autre, car on vit à la place, au lieu de quelqu'un », un sentiment d'éternité. J'écoutais Tabula rasa, une musique d'Arvo Pärt, tout en lisant Fièvres de février : concert d'échos se mouvant de l'une à l'autre, en totale correspondance. Même mes petites musiques du Temps qui court venaient s'entremêler aux mots de De Luca : « Ce n'était pas le corps qui était poussière, mais l'âme. Le corps était de l'eau versée, l'âme de la poussière en suspension. ».
Un sentiment d'é t e r n i t é.

« Toutes les prières ont été écrites. Il est inutile que tu en écrives d'autres. Tout a été préparé. Maintenant, il ne te reste plus qu'à te préparer toi-même. »
Un moine s'adressant à Arvo Pärt vivant alors en URSS


« ...j'aime la vie qui continue [même] sans moi »,
j'aime la vie qui continue.
Tant qu'il y aura du vivant.



Citations de : Fièvres de février, 3e nouvelle du recueil Le contraire de un, de Erri de Luca. Gallimard, 2003.

Arvo Pärt, Tabula rasa :
Gidon Kremer - violin; Keith Jarrett - piano; Tatjana Grindenko - violin; Alfred Schnittke - prepared piano; The 12 Cellists of the Berlin Philharmonic Orchestra; Staatsorchester Stuttgart, Dennis Russell Davies; Lithuanian Chamber Orchestra, Saulus Sondeckis.

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