
Dieu qu'il m'apparaît loin le temps où, encarcanée dans les impératifs sociaux et religieux d'alors, je me sentais étrangère à certaines "pensées" qui surgissaient en moi, pareilles à des démons tentateurs ou blasphémateurs... Thank you, Freud & Mrs C., and whatever force I found in life to fight for breathing more freely ! Quelques pas, par-delà le bien et le mal, "je" pense ?
« En ce qui concerne la superstition du logicien, je ne me lasserai pas de souligner un petit fait bref que ces superstitieux répugnent à avouer, à savoir qu'une pensée vient quand elle veut, et non quand "je" veux ; c'est donc falsifier les faits que de dire : le sujet "je" est la condition du verbe "pense". Quelque chose pense, mais que ce quelque chose soit précisément l'antique et fameux "je", ce n'est à tout le moins qu'une supposition, une allégation, ce n'est surtout pas une "certitute immédiate".
Enfin, c'est déjà trop dire que d'avancer qu'il y a quelque chose qui pense; déjà ce "quelque chose" comporte une interprétation du processus et ne fait pas partie du processus lui-même. On déduit ici, selon la routine grammaticale : "penser est une action, or toute action suppose un sujet agissant, donc..."
C'est par un syllogisme analogue que l'ancien atomisme ajoutait à la force agissante ce petit grumeau de matière qui en serait le siège et à partir duquel elle agirait : l'atome ; des esprits plus rigoureux ont enfin appris à se passer de ce résidu de la terre, et peut-être les logiciens eux aussi s'habitueront-ils un jour à se passer de ce petit "quelque chose" qu'a laissé en s'évaporant le brave vieux "moi". »
Extrait, pages 45-46 :
Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal, Intro. Daniel Halévy. Trad. A. Meyer et R. Guast, Hachette, 2004, 265 pages. ISBN : 2012792138



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