
Dans le labyrinthe,
une oeuvre appartenant à la galerie de Pascale Hulin
Prendre un raccourci.
Faire vite.
Par de grandes enjambées.
Penser tout court.
Être à court de pensée.
Penser vite.
Lire vite.
Agir vite.
Toujours plus court.
Toujours plus vite.
Dans quel(s) but(s) ? Se transformer en androïdes carburant sans essence ? L'essence humaine, espèce en voie de disparition ? Les êtres pensants, des dinosaures out of the game ? Au cours de son entretien avec François Avard (Les Bougon), L’autre midi à la table d’à côté..., Stéphane Bourguignon (La vie, la vie) relevait l'anti-intellectualisme prégnant. Avec raison, à mon avis. À se demander tout de même si ça n'est pas une constante dans l'histoire humaine, finalement ? Il y a des moments où on peut se demander si la planète au complet ne finira pas par baigner dans une grande noirceur. Ce sont des moments, comme il y en a d'autres où on va s'extasier devant le génie, le grand art, la lumineuse intelligence, et la Beauté. Et mieux encore, devant le coeur dans ses beaux jours.
Depuis toute petite, je suis fascinée par la dichotomie entre ce qui habite et anime l'être humain, et ce qui en est exprimé. De là mon amour des livres et des arts. Et mon goût pour les échanges, pour les sorties des conventions. Lire ou entendre formulé ce qui jusque là n'était que pressentiment, flou ou sentiment, c'est pour moi un bonheur. Ou le voir en images. Que dire de ce que ça suscite en moi lorsque se présente l'inconnu ? J'admets que ça peut également m'être source de frayeurs. Mais ça, l'inconnu, le désir, la frayeur, ça fait partie de la vie. Non ?
Si j'ai eu le goût de vous parler de tout ça aujourd'hui, c'est en partie dû à quelques-uns des commentaires de Daniel et de Kevin tournant un peu autour de la question des possibilités et des limites d'un blog, du principe du blog, a écrit Daniel hier soir. Comme quoi la forme du blog impose de faire court. Et dans les billets et dans les commentaires. C'est basé sur une certaine réalité, mais je pense que c'est une réalité malléable dont les contraintes peuvent être métamorphosées en opportunités. Ce billet en est un exemple : il rassemble divers éléments que j'aurais pu mettre (ou que j'ai déjà émis) en commentaires. On dira qu'un blog n'est pas un forum, mais moi je considère qu'un blog, c'est ce qu'on veut bien en faire. Je ne m'empêche pas de faire de longs commentaires ici quand ça me chante. J'oserai moins le faire ailleurs si je ne suis pas certaine que ce sera bienvenu ou je déciderai d'en faire un billet indiquant que ça origine d'un propos de tel auteur de blog. Bref, je n'en fais pas des règles inflexibles.
Il y a aussi, en filigrane à cette réflexion, sinon en avant-plan, c'est selon, cette incitation très forte à faire court, dans ce monde de vitesse extrême et de zapping. Ainsi, dans les universités, on enseigne aux apprentis journalistes et rédacteurs à faire des phrases courtes, à éliminer les adverbes, à être concis sans être trop dense car cela exigerait trop du lecteur, etc. Notre époque est imposante en volonté d'uniformisation. Dans le cas qui m'occupe ici, on parle d'uniformité dans la brièveté, ou si vous voulez, de difformité dans la courtitude ou dans la courte attitude. C'est souvent très plat, plate, insipide et insignifiant.
Une dernière chose. Nul ne contestera notre droit de penser (on pourrait presque dire que c'est même un devoir, ce qui explique peut-être pourquoi ça peut être si rebutant pour ceux qui n'ont jamais eu de plaisir à faire leurs devoirs à l'école !). Personne ne contestera ce droit, mais selon les sociétés et les gouvernements, on favorisera plus ou moins la chose. Personnellement, je regrette qu'on ne sache pas tellement "penser en commun". Je ne dis pas "avoir une pensée commune ou uniforme", je parle de se permettre de réfléchir ensemble, de se pencher à plusieurs sur un sujet, un problème, une réalité et de tenter de les comprendre ensemble, de s'enrichir de nos perceptions, réflexions et questions sans craindre de se faire ridiculiser outrancièrement parce qu'on aura exposé notre ignorance ou nos faiblesses en certaines matières. Ça se pratique, dans un cadre passablement circonscrit, dans les universités, dans les tribunes libres, dans des colloques ou congrès, "des espaces présumés être faits pour ça", mais dans la vie courante ?
Y a-t-il une honte à être coincé dans une impasse de labyrinthe, à chercher éperdument la sortie, et à avoir parfois besoin les uns des autres pour ce faire ? Objectivement, on reconnaîtra qu'il n'y a aucune raison d'en éprouver de la honte. Objectivement aussi, on peut constater que le pouvoir du savoir n'aime pas toujours être partagé, ni les piédestals ni les feux de la scène ni...



2 commentaires:
Tu as bien raison. Le blog est l'outil de base et on en fait bien ce qu'on en veut. Moi je dis: tant que c'est fait avec respect, y a pas de problèmes.
Le respect : exact, c'est exact.
Y en a de toutes les sortes pour tout plein d'intérêts. Par exemple, celui de Kévin : Entzauberung & Wirklichkeit. En plus de nous offrir des citations de choix, extraites d'ouvrages auxquels très souvent on aurait guère accès ou qu'on n'aurait jamais découvert, le carnet de Kévin permet tangentiellement d'observer le parcours d'un thésard (comme il se qualifie lui-même) en sociologie, un futur intervenant dans notre société. Son blog, comme une sorte de forge d'un intellectuel qui dresse un pont vers les autres. Sobre, son blog, plus que ceux de bien d'autres doctorants que j'ai parcourus dont les lourdes présentations peuvent rebuter. Sobre, mais cultivant les perles. Kévin lui-même est plus communicatif qu'il n'y paraît, et j'ai bien du plaisir à échanger avec lui via courriel.
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